parution mai 2019
ISBN 978-2-88927-664-6
nb de pages 224
format du livre 140x210 mm

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Robert Walser

Ce que je peux dire de mieux sur la musique

Traductions de Golnaz Houchidar, Jean Launay, Bernard Lortholary, Jean-Claude Schneider, Nicole Taubes et Marion Graf

résumé

Passer une soirée avec Robert Walser à l’opéra ou au café-concert, le suivre dans un salon bourgeois ou dans une ruelle nocturne où flotte un air d’harmonica, écouter en sa compagnie Chopin, Mozart, des interprètes virtuoses ou débutants, partager son regard acéré sur l’institution musicale... entre Walser et la musique, les soixante textes rassemblés ici dessinent une relation empreinte de ferveur et d’irrévérence. Ecrits entre 1899 et 1933, ces proses et poèmes, dont la moitié sont publiés pour la première fois en français, dressent le portrait littéraire d’un inventeur de formes et improvisateur sans préjugés qui n’a rien à envier à Erik Satie ou à Alban Berg.

Choix de textes édités par Roman Brotbeck et Reto Sorg

Traductions de Marion Graf, Golnaz Houchidar, Jean Launay, Bernard Lortholary, Jean-Claude Schneider, Nicole Taubes

L’ensemble des textes inédits sont traduits par Marion Graf

                                  

biographie

Entre l’homme exemplaire qui a passé 23 ans interné à Herisau à ne s’occuper que de remplir strictement les tâches imposées, tel un moine, en ne se permettant que la promenade, les jours de congé, et le rebelle qui a dit «personne n’a le droit d’en savoir sur moi plus que moi-même», il y a la force d’un écrivain qui fait un avec son narrateur et son héros; qui se connaît lui-même mais ne s’adaptera jamais au monde social; qu'un rien surprend, quand il cherche un sujet partout dans une pièce, sous le lit et ailleurs, et qu’il s’exclame soudain devant le plus banal objet sous ses yeux, un parapluie défraîchi accroché à un vieux clou : voilà le sujet le plus admirable ! On ne peut que l’aimer à le suivre dans ses textes longs ou ses petites proses. On a envie de le voir joué au théâtre, d’en faire sa lecture quotidienne. Sa modernité tient certainement à la quantité de courts textes qui peuvent être lus rapidement, et à ses thèmes qui parlent à chacun.

Revue Musicale de Suisse Romande

"Le rapport de Walser à la musique est un rapport ambivalent, fait d’admiration et de gratitude existentielle, mais aussi de distanciation et d’ironie. (…)
L’auteur des Enfants Tanner voit dans la musique avant tout une possibilité pour l’homme d’accéder à une dimension où les luttes intérieures et le destin de l’individu se retrouvent transfigurés en rythmes, mélodies, silences : autant de formes se refusant à une signification univoque et définitive, mais aspirant en même temps à une justesse capable de les rendre éternelles, un peu comme la prose du grand écrivain biennois." Gabriele Bucchi

Poezibao

"En marge de la société comme de la musique, Walser parvient à saisir la pluralité des atmosphères musicales pour aboutir, au travers de ces proses et de ces poèmes, à une écoute subtile de son époque."

Un article d’Alexis Pelletier à lire en entier ici

Service Littéraire

"Les livres de Robert Walser sont construits sur des réflexions en spirales, des clins d’œil aux lecteurs - comme le faisaient Vladimir Nabokov ou Jacques Perret. (…) Il recherchait l’indicible. Capable de jouer du piano comme Gide, Jankélévitch et Perros, Robert Walser préférait entendre la musique plutôt que d’en jouer. (…) Le mélomane aimait tellement la musique qu’il pouvait s’en passer : « Ça chante en moi continuellement ». Les écrits de Walser sont pleins de vie. Dans un texte de 1902, il confie vouloir mourir en écoutant de la musique qu’il compare à un « tableau pour l’oreille »." Bernard Morlino

Terre à ciel

"Walser nimbe tout ce qu’il écrit d’une étrangeté ordinaire, familière, que sécrète une tendre ironie à l’égard de la fragilité humaine (…)."

Un article de Françoise Delorme à lire en entier ici

L'Echo magazine

"Robert Walser parvient à faire sonner sa prose comme de la poésie. Son oreille interne s’y affirme particulièrement sensible à l’art musical." Thibaut Kaeser

Télérama

"Ce livre trouvera sa place dans la poche de tout festivalier de musique classique, tant il recèle de trésors à picorer pendant que les instruments s’accordent, en compagnie de quelques lucioles ou cigales blotties dans la lumière de la page. Mais il a aussi de quoi combler n’importe quel être vivant, glaneur de sensations imprévues, tout ouïe devant le hasard des phrases qui font mouche. Rassemblés avec un sens allègre du rythme et du vibrato, ces textes du grand écrivain suisse allemand chantent la joie suave d’écouter le monde." Marine Landrot

La Cause Littéraire

"Le lecteur francophone remarque l’élan, la vivacité des attaques, les consonances et dissonances intérieures, le caractère répétitif des thèmes traités, et certains rythmes et jeux phoniques habilement transcrits par les traducteurs. »

Une chronique de Nathalie de Courson à lire en entier ici

Classica

"Par le biais d’une flânerie érigée en art de vivre et dérive littéraire qu’il pratiqua entre la Suisse et l’Allemagne, le grand écrivain alémanique pose un regard narquois sur la musique, celle des Contes d’Hoffmann, de Don Giovanni, de La Flûte enchantée. (…) Un univers raconté par les monologues insolites d’un narrateur porte-voix de l’écrivain, dont les incessantes stratégies d’échec sont le signe de son inadéquation au monde. Réservant toute sa dévotion à un imaginaire poétique dans lequel les émotions prédominent, Walser ne pouvait qu’y incorporer la musique." Romaric Gergorin 

La Croix

"Le refus de toute intellectualisation ou spiritualisation, lestée d’une « agréable mélancolie », donne à son écriture un souffle et une énergie inespérés. Peut-être désespérés. Le burlesque et le tragique, le drame et la fantaisie se frôlent constamment. Une sentimentalité à la fois voluptueuse et chaste affleure dans ces pages, comme dans celles sur la peinture. Oui, jouvence est peut-être le mot le plus juste… Avec une ombre cependant, qui n’a pas vocation à se dissoudre."

Un article de Patrick Kéchichian à lire en entier ici

L'Humanité

"[Histoires d’images] prouve l’intérêt [de Walser] pour la peinture. (…) En vingt et un textes miraculeux, sans esbroufe, mus par sa sensibilité singulière, Walser évoque Fragonard, l’Olympia de Manet, une forêt de hêtres figurée par Hodler ou telle toile de Bruegel. (...)

Dans Ce que je peux dire de mieux sur la musique, (…) plus de soixante textes donnent idée de l’étendue de sa palette sur le thème : Chopin, Mozart, Paganini et une gamme d’écrits brefs. (…) La dimension acoustique de son travail, troué de blancs entre les mots comme de brefs silences, frappait Max Brod, qui y perçut une « musique spontanée ». Il fut sans doute, en toute innocence, proche de Schönberg, qui traitait arrêts et silences à égalité avec les notes." Muriel Steinmetz

Le Temps

"Loin de tout intellectualisme, l’auteur nous invite à faire de l’art un allié pour la vie. (…) Walser se prête à tous les sujets car il est de ces rares auteurs dont l’écriture fait feu de tout bois, dont la lecture se confond avec la respiration, ses silences mêmes se font entendre comme une symphonie. Il n’en finit pas de distiller, tout au long de ses récits, de ses confidences, de ses complaintes, sa musique aérienne: nul besoin chez lui d’aller chercher un sujet – son écriture crée le sujet."

Un article de Samuel Brussell à lire en entier ici

Le Nouveau Magazine Littéraire

"Ces petites proses, qui courent de 1899 à 1933 ont pour la plupart déjà été publiées. Ce qui n’enlève rien à la pertinence du montage, qui tient à la perfection sa ligne mélodique. Une ligne très particulière, puisque, qu’il soit question d’un concert, d’une chanson entendue ou d’une soirée à l’opéra, la musique n’y existe pas pour elle-même, mais comme tremplin pour l’imagination du scripteur. (…) Ces proses enchantées, où l’auteur joue avec la narration au point de lui laisser tout pouvoir comme si, devenu personnage, il en était le jouet, enchantent autant quelles fascinent. Les éditions Zoé publient par ailleurs Histoires d’images, où l’on constatera de même que la peinture est chose trop sérieuse pour être réservée aux critiques d’art." Alain Dreyfus

Le Monde

"On n’en finit pas de découvrir Robert Walser (…). On s'aperçoit qu’il a touché à tout et que son esprit fait le tour du monde : celui du conscient et de l’inconscient, de la raison et de la déraison (…). Deux récentes parutions montrent cette fois un Walser critique musical et pictural où la mesure de l’affectif dame le pion aux ritournelles pseudoscientifiques. On peut lire ces petits ouvrages dans tous les sens, c’est un enchantement permanent. (…) Deux livres pertinents et impertinents." Pierre Deshusses

Libération

Ce que je peux dire de mieux sur la musique dans « La sélection Livres de Libé ». A consulter ici

Le Figaro Littéraire

"Paganini, Mozart, Chopin, refrains populaires et airs d'accordéon : Robert Walser (…) n'a jamais caché son amour de la musique. Les Éditions Zoé ont eu l'excellente idée de rassembler les textes que cet écrivain suisse (…), aussi génial que singulier, a consacrés au quatrième art."

Vie de poète (2021, Zoé poche)

Vie de poète

« Je le considère comme le meilleur, le plus lumineux, le plus poétique de tous mes livres jusqu'ici », écrit Robert Walser à son éditeur lorsqu’en 1917, il lui présente Vie de poète : vingt-cinq proses brèves où se côtoient les figures du mécène et du critique, plusieurs portraits féminins, Hölderlin aussi, et puis la grande route, la forêt, les contes, un poêle ou un bouton de chemise... ce recueil dessine la biographie éclatée d’un poète, qui laisse entrevoir celle de Walser lui-même.

Postface de Peter Utz.

Petite Prose (poche) (2020, Zoé poche)

Petite Prose (poche)

Publié en 1917, Petite Prose illustre de manière exemplaire cette période charnière de la vie de Robert Walser que sont les années biennoises, après Berlin et avant Berne. Dans ces vingt et un textes, Walser explore avec jubilation tous les registres de la prose brève. Mêlant l’autobiographie et la fiction, il alterne la satire mordante et une vibrante méditation sur le néant. Pour Pierre Deshusses, « Walser cisèle l’abrupt et ce recueil nous le prouve une fois de plus » (Le Monde).

Postface de Peter Utz

Histoires d'images (2019, Zoé poche)

Histoires d'images

Saveurs des tableaux galants de Fragonard, bruissements de vie au détour d’un album d’Anker, conversation avec l’Olympia de Manet ou coup d’œil désopilant sur les miniatures de Daumier : à travers ces vingt et un textes et les œuvres d’art qui leur correspondent, Robert Walser nous fait découvrir sa galerie intérieure empreinte d’une sensibilité perçante, virtuose et délicieusement espiègle.

L'Étang et Félix (2016, Zoé poche)

L'Étang et Félix

Les deux textes de théâtre réunis dans ce volume mettent en situation l’enfant et l’adolescent dans leur rapport avec le monde.

L’Etang est un texte de jeunesse que Walser offrit à sa sœur sous forme manuscrite. C’est la seule œuvre que Walser ait écrite en dialecte. Elle met en scène le suicide simulé d’un adolescent, le jeune Fritz, qui ne se sent aimé de personne et voudrait reconquérir l’amour de sa mère. Ce récit clé préfigure la création future de Walser, maître des retournements subtils.

Les vingt-quatre épisodes de Félix, dialogues et monologues écrits en 1925, sont issus des microgrammes. Quelques traits d’une psychologie raffinée dépeignent avec humour l’éveil de la personne, sa rouerie distanciatrice dans l’affrontement avec les adultes et l’exercice de ses pouvoirs, les nuances de l’affirmation et de la conscience de soi. Le contenu biographique est évident, de même que dans L’Etang.

Robert Walser, lecteur de petits romans populaires français

Lecteur presque omnivore, Robert Walser était séduit par le roman populaire, ses ficelles et ses maîtres, Stendhal, Balzac, Sue et Dumas. Sans être vraiment bilingue, mais ayant grandi à la frontière des langues, il les lisait en français. Plusieurs proses écrites à Berne à la fin des années 1920 s’inspirent de petits romans à l’eau de rose parus sous couverture illustrée. Walser lit assidûment ces brochures à deux sous, écrites et produites en série (collection « Le Petit Livre », chez Ferenczi): il s’interroge, résume, parodie, s’approprie leurs intrigues et se délecte de la moralité ambiguë de ces récits aux titres suggestifs. Ce Minizoé  présente et commente trois de ces proses, dont l’une est inspirée par « Le Semeur de larmes », un roman signé Sim, un pseudonyme de Georges Simenon. 

L'Enfant du bonheur

Après ses Lettres, les Editions Zoé traduisent les proses de Walser parues dans le Berliner Tageblatt. Les quatre premiers textes (1907-1908) correspondent au genre prisé du jeune Walser : la composition. Ils font entendre la voix d’un écrivain déjà profondément singulier. Tous les autres, soixante-huit, sont écrits entre 1925 et 1933, spécialement destinés à ce quotidien berlinois au moment où Walser est à la tête d'une véritable entreprise de feuilletoniste pour les journaux de Suisse, d'Autriche, d'Allemagne et de Prague. Ils abondent en digressions, excentricités lexicales, rouerie langagière pour traiter les sujets du temps, nationalismes, émancipation de la femme, automobile, opéra, cinéma et littérature. Sa vitalité aiguise le sens du paradoxe et sape brillamment l’échelle des valeurs en cours.

 

Seeland (poche) (2014, Zoé poche)

Seeland (poche)

«Être romantique ne signifie rien d’autre, peut-être, que d’avoir le don de se laisser charmer par les beautés de la vie et par l’immensité du monde, de ressentir l’amour du visible, et de voir, à côté du visible, également l’invisible.»

 

Seeland est un titre à part dans l’œuvre de Walser. Dès 1917, installé à Bienne, il veut construire un livre avec ses proses longues. Comme un architecte organise une place, il met au centre «La promenade» dans une version retravaillée, puis il dispose tout autour cinq textes sur la flânerie, sa famille et la région du Seeland, son lieu natal. Ainsi se succèdent «Une vie de peintre», «Récit de voyage», «Etude d’après nature», «La promenade», «Le portrait du père» et «Hans».

Robert Walser, né à Bienne en 1878, est mort à Herisau en 1956.

Le Territoire du crayon. Microgrammes (poche)

« L’optimisme est une chose magnifique, voilà la réflexion que m’a inspirée une voix retentissante qui sortait de la bouche d’un promeneur. »

Robert Walser, né à Bienne en 1878, est mort à Herisau en 1956. Maître de la petite prose, il a écrit autant pour des livres et des journaux, où il envoyait ses textes pour vivre, que pour lui-même, dans l’attente de décider s’il pouvait et voulait les faire paraître. Ces textes inédits, écrits en caractères microscopiques au crayon depuis le début des années 20, choisis par Peter Utz, couvrent tous les thèmes chers à Walser.

 

Lettres de 1897 à 1949

 

Au fil de ces 266 lettres, c’est toute la vie de Robert Walser, de ses débuts presque enchantés jusqu’aux sombres années de silence littéraire, qui prend un relief nouveau. Écrites à Zurich, Berlin, Bienne, Berne et Herisau, adressées à ses sœurs, à ses éditeurs, mais aussi à deux femmes, Frieda Mermet, qui fut sa muse et sa confidente, et la toute jeune Therese Breitbach, elles sont des pièces essentielles de son atelier d’écriture ; habitées de tendresse et de colères, d’intransigeance, d’indépendance, d’humour, d’ironie, d’un constant goût de vivre, elles donnent un coup de projecteur sur la carrière et le combat étonnant de l’un des écrivains les plus brillants et les plus mystérieux de la littérature moderne.

 

Robert Walser (1878-1956) a un destin littéraire rare, celui d’être, avec le temps qui passe, de plus en plus connu. Sa correspondance ouvre aux lecteurs français son univers personnel, dans un volume qui inclut les lettres récemment découvertes.

 

Lettres choisies et présentées par Marion Graf et Peter Utz 

Précédé de «Robert Walser et sa fringale épistolaire» de Peter Utz 

 

Vie de poète, extraits audios, lus par Gilles Tschudi

 

Depuis la parution en français de L’Institut Benjaminta traduit par Marthe Robert en 1960, on a considéré Robert Walser (1878-1956) comme un fou, un vagabond, un écrivain génial, le maître de la «petite prose». Ce que l’on reconnaît aujourd’hui dans le monde entier, c’est qu’il est un des écrivains majeurs du début du 20e siècle, auteur d’une œuvre moderne dans laquelle il est autant rédacteur, narrateur que héros de sa propre histoire.

Vie de poète est considéré par Walser lui-même comme le plus lumineux, le plus poétique de tous ses livres.

 

Dans Vie de poète, un voyage à pied, un discours à un bouton, un séjour comme domestique dans un château, sont les éléments d’une biographie éclatée. Une tonalité à la fois facétieuse et sérieuse pour dire la solitude de l’artiste, ses déboires et ses joies.

 

 

Gilles Tschudi, connu pour sa précision et sa capacité d’incarner une voix, a joué au théâtre comme au cinéma des textes d’Elfriede Jelinek, Racine, Friedrich Dürrenmatt, Heinrich Böll, Peter Handke ou encore Max Frisch. Il a grandi avec Walser, qu’il dit avec intensité et simplicité. 

Petite prose

Petite Prose, publié en 1917, illustre de manière exemplaire cette période charnière de la vie de Robert Walser que sont les années « biennoises », après Berlin, avant Berne. Dans ces vingt-et-un textes de longueur inégale, Walser explore avec jubilation tous les registres de la prose brève, entraînant le lecteur dans un pas-de-deux débridé qui annonce déjà la virtuosité des proses tardives. Mêlant l’autobiographie et la fiction, il fait miroiter une vivante galerie de portraits, réels ou imaginaires, et des petites farces burlesques, alternant la satire mordante et une vibrante méditation sur le néant pour conclure avec une prose plus ample, «Tobold», évocation pleine de magie et de malice de son expérience de laquais dans un château de Silésie...

Au Bureau. Poèmes de 1909

En 1909, à Berlin, alors que ses romans valent à Robert Walser un début de gloire, son éditeur Bruno Cassirer fait paraître un recueil de ses poèmes, quarante en tout, illustrés d’eaux-fortes du peintre Karl Walser, frère de l’auteur. Ces poèmes, écrits dix ans auparavant, sont pour certains les premiers textes de Walser à avoir été publiés, en 1898, dans les pages du quotidien bernois Der Bund. Première dans l’œuvre, cette poésie d’un jeune homme de vingt ans a déjà l’intensité musicale, la tonalité de ferveur douloureuse et espiègle inimitable qui caractérise Walser. Cent ans après leur publication, il était temps de les donner à lire ces poèmes au lecteur français, dans une édition bilingue.

Nouvelles du jour (Proses brèves II)

« À quoi peut bien servir l’énergie, en l’absence de génie ? À propos, aujourd’hui, je me suis levé énergiquement, c’est-à-dire d’assez bonne heure, et de ce fait, je peux écarter le reproche d’être velléitaire. »

Poèmes (2008)

Poèmes

Robert Walser est un poète à découvrir. Il publie ses premiers poèmes, âgé de vingt ans à peine, dans les plus prestigieuses revues de son temps, puis revient assidûment à la poésie dans les années bernoises, qui précèdent son silence définitif en 1933. Publiés jusqu’à Prague ou à Berlin pour certains, restés esquissés dans le territoire secret des microgrammes pour d’autres, ces poèmes tardifs vibrent d’une liberté et d’une audace à la fois souriante, fragile et souveraine.

Voici, en cinquante poèmes, une première approche d’une œuvre poétique tout en contrastes : autant de textes qui émeuvent et amusent, surprennent, déroutent, envoûtent.

 

Robert Walser, né à Bienne en 1878, est mort à Herisau en 1956.

Textes choisis et traduits par Marion Graf

Postface de Jochen Greven

Édition bilingue

Morceaux de prose

 

Morceaux de prose, publié en 1917, est l’un des rares recueils composés par Robert Walser lui-même. L’auteur y propose des textes très brefs, écrits expressément pour être réunis en volume. De là, l’unité et l’harmonie de ce petit bouquet de dix-huit proses.

Contes, paraboles, petits tableaux, moralités, souvenirs et rêveries juxtaposent leurs motifs et leurs intonations vives et malicieuses. Des pages à savourer avec gourmandise, où il est question, entre autres, de la nouvelle italienne, d’un célibataire et d’un autre célibataire, d’une meurtrière, d’un preste et d’un lent, d’une rage de dents et d’une saucisse, hélas, trop vite mangée.

 

Robert Walser, né à Bienne en 1878, est mort à Herisau en1956.

Traduction de Marion Graf

Cendrillon (2006, Minizoé)

Cendrillon
Histoires d'images

 

Le premier interlocuteur de Robert Walser fut son frère aîné, le peintre Karl Walser. Même dans les années 1920 à 1933, lorsque cesse leur complicité et leur collaboration, le dialogue avec la peinture reste pour l’écrivain une source d’inspiration essentielle. En témoignent les textes présentés dans ce volume.  L’exactitude de la description importe moins, ici, que l’aventure d’une transposition: les tableaux, ou parfois leur reflet dans la mémoire, libèrent l’imaginaire, la réflexion et le style. Pensant à Fragonard ou à Delacroix, à Breugel ou à Anker, à Daumier, à Renoir ou à Beardsley, Walser entraîne le lecteur dans un jeu qui allie de façon inimitable l’insolence et l’admiration.

M.G.

Vie de poète

« Je viens d’agencer solidement et de terminer un nouveau livre : 55 pages manuscrites, 25 proses, dont “Maria”. L’ouvrage s’intitule Poetenleben, et je le considère comme le meilleur, le plus lumineux, le plus poétique de tous mes livres jusqu’ici… Le choix porte exclusivement sur des pièces qui parlent de poètes dans un style narratif, en sorte que l’ensemble se lit comme une histoire romantique.»

C’est en 1917, à Bienne, que Robert Walser, au lendemain de ses années berlinoises, rassemble ces vingt-cinq proses brèves. Cette biographie éclatée d’un poète ressemble à une autobiographie stylisée. L’écrivain évoque de nombreuses figures qui ont accompagné sa carrière, et ce qui le hante: son frère peintre, plusieurs figures féminines, le critique, le public, le mécène, les milieux artistiques, l’éditeur, mais aussi Hölderlin, et puis, la grande route, la forêt, les contes, un poêle, un bouton... Une tonalité changeante, à la fois facétieuse et fervente pour dire la solitude de l’artiste, ses déguisements, ses déboires et ses joies, les valeurs à contre-courant auxquelles obéit sa vocation.

 

Si les trois romans publiés durant les années berlinoises font désormais partie des classiques du xxe siècle, et si les circonstances de sa vie l'auréolent de légende, Robert Walser reste cependant un auteur à découvrir. Les Éditions Zoé ont publié quatre volumes de proses courtes (dont Le Territoire du crayon) et longues (Seeland), elles éditent aujourd’hui Vie poète, un volume de proses brèves réunies par Walser lui-même.

Seeland (2004)

Seeland

Disponible en poche : http://editionszoe.ch/livre/seeland-1

Seeland… il y a dans ce mot quelque chose de magique.

Seeland, ce peut être partout, en Australie, en Hollande ou ailleurs.

Après ses années berlinoises et avant de s’installer à Berne, Robert Walser passe sept ans à Bienne, sa ville natale (1913-1921). Plusieurs recueils paraissent durant ces années, dont Seeland. Cet ensemble de six nouvelles constitue l’aboutissement de la période biennoise de l’écrivain, avec sa dualité caractéristique de ferveur romantique et de truculence, de rêverie et de réflexion, d’observation espiègle et d’abstraction.

Les principaux motifs qui préoccupent Walser à cette époque s’entrecroisent dans ces textes: la promenade, surtout, comme façon d’être au monde et aux mots. Le paysage est même au centre du livre, dont le titre évoque la région du lac de Bienne. D’autres personnages relaient le flâneur : Hans le rêveur impénitent appelé au service militaire ; le peintre en début de carrière ; ou encore, sept enfants prononçant l’épitaphe de leur père. Au centre de ce recueil mûrement composé par le poète, l’un des textes les plus célèbres de Walser, à la fois fantaisie et art poétique: « La promenade », présentée ici dans son contexte et dans une nouvelle traduction.

Ouvrage disponible en poche : http://editionszoe.ch/livre/seeland-1

 

Porcelaine (2000, Minizoé)

Porcelaine

Cigogne et porc-epic (2000, Minizoé)

Cigogne et porc-epic

L'Etang (1999, Minizoé)

L'Etang

Ouvrage disponible en poche : http://editionszoe.ch/livre/l-Etang-et-felix

Felix (1997, Minizoé)

Felix

Ouvrage disponible en poche : http://editionszoe.ch/livre/l-Etang-et-felix

Félix (1989)

Félix

ouvrage disponible en poche : http://editionszoe.ch/livre/l-Etang-et-felix

extrait

Petite bière

L’un badinait avec la barmaid.

L’un reposait la tête sur sa main.

L’un jouait de tout cœur du piano.

Untel de toutes ses dents s’esclaffa.

Untel, l’obscur dans son rêve fusa.

Untel, la touche dure lui céda.

Soudain la svelte jeune fille s’en alla.

Soudain le rêveur ahuri sursauta.

Soudain une chanson anglaise on joua.

Un baratineur, fumée, tabac,

un rêveur éveillé, et un rêve,

un pianiste virtuose, fatigué.

(inédit, au plus tard 1900)

 

Luth

Je joue du luth souvenir. C'est un instrument très simple qui donne toujours un seul et même son. Le son est tantôt long, tantôt court, tantôt lent, tantôt preste. Il respire calmement ou bien bondit brusquement par-dessus lui-même. Il est triste et gai. Mais la chose étonnante, c'est que lorsqu'il devient mélancolique il me fait rire et que, quand il est gai et fait des bonds, je ne peux m'empêcher de pleurer. Y a-t-il jamais eu un son pareil ? A-t-on jamais joué d'un instrument aussi drôle ? On peut à peine le prendre en main, cet instrument : les mains, même les plus douces et les plus fines, sont trop grossières pour cela. Ses cordes sont inexprimablement minces, délicates. Un cheveu est comme un lacet de cuir en comparaison. Il y a un petit garçon qui parvient à en jouer ; et moi, qui ai tout le temps de prêter l'oreille à tout, je l'écoute. Il joue jour et nuit, sans penser à manger ni à boire, jusque dans la nuit et jusqu'au jour. Le temps ne lui est bon qu'à passer sur lui comme un souffle, comme un son. De même que je l'écoute quand il joue, lui joue en écoutant constamment son amour, le son de son instrument. Jamais encore on n'a vu un amoureux aussi fidèle, aussi constant dans l'attention. Comme cela fait du bien d'écouter celui qui écoute, de voir l'amoureux, de sentir près de soi l'oublié. Le petit garçon est artiste, le souvenir est son instrument, la nuit, son espace, le rêve, son temps ; et les sons auxquels il donne vie sont ses ardents serviteurs, qui parlent de lui à toutes les oreilles ouvertes en ce monde. Je suis tout oreille. Je ne suis plus que cela, une oreille indiciblement émue.

(1901)

 

Piano

Je ne sais comment s’appelle le gaillard qui a la chance de goûter l'enseignement d'une aussi belle et aussi noble maîtresse de piano. En ce moment même il est en train de recevoir des plus belles mains de la terre une leçon d'agilité sur les touches de l'instrument. Les mains de la dame glissent sur les touches comme des oiseaux blancs sur un lac obscur. Elles disent déjà avec grâce ce que ses lèvres plus tard répéteront. Le garçon est en proie à une distraction que la maîtresse semble ne pas vouloir remarquer. « Jouez cela » ; mais il le joue indescriptiblement mal. « Jouez-le encore une fois » ; mais il le joue encore plus mal. Du coup il doit le jouer une nouvelle fois ; mais il joue toujours mal. « Vous êtes paresseux. » Il pleure, celui à qui on dit cela. Elle sourit, celle qui dit cela. Il est affalé, la tête sur le piano, celui qui doit se laisser dire cela. Elle caresse ses doux cheveux bruns, celle qui a dû lui dire cela. À présent le gaillard, que la caresse a réveillé de sa honte, baise la tendre main qui est très fine et blanche. À présent la dame entoure le cou du garçon de ses bras magnifiques qui sont très doux et forment la tenaille qui convient pour embrasser. À présent la dame permet un baiser, et à présent les lèvres du gentil gaillard succombent au baiser de l'aimable dame. À présent les genoux de l'ainsi baisé n'ont rien de plus pressé à faire que de s'affaisser comme de l'herbe fauchée, et les bras du génuflecteur ne trouvent rien de plus simple que d'embrasser à leur tour les genoux de la dame. Les genoux de la dame à leur tour flageolent, et à présent tous deux, la bonne, la belle dame et le simple, le pauvre garçon, ne font plus qu'un embrassement, un baiser, un effondrement, une larme et, ce qui est plus encore : une horrible surprise pour quelqu'un qui à ce moment ouvre la porte de la chambre, et met ainsi un terme aussi bien à la douceur où s'oubliaient mes deux amoureux qu'à cette histoire.

(1901)

 

La musique

La musique est pour moi ce qu'il y a de plus délicieux au monde. J'aime les beaux sons plus que je ne saurais dire. Pour en entendre un seul je suis prêt à courir mille pas de suite. Souvent, l'été, quand il fait si chaud dans les rues et que j'entends le son d'un piano venant d'une maison inconnue, je m'arrête pour écouter et je me dis que je vais mourir sur place. Je voudrais mourir en écoutant de la musique. Cela me paraît si facile, si naturel, et d'un autre côté, naturellement, c'est impossible. Les sons seraient des coups de poignard trop tendres. Ils font des blessures qui brûlent, sans doute, mais elles ne s'enflamment pas. Elles saignent, mais au lieu du sang ce sont des pensées douloureuses qui s'égouttent. Dès que les sons s'arrêtent, tout redevient calme en moi. Je me mets alors à faire mes devoirs, à manger, à jouer et j'oublie. Le son le plus magique pour moi est celui du piano. Même si c'est un massacreur qui joue. Je n'écoute pas le jeu, seulement le son. Je ne pourrais jamais devenir un musicien. Je ne trouverais jamais cela assez enivrant ni assez doux de faire de la musique. Je trouve bien plus sacré d'en écouter. La musique me rend toujours triste, mais comme un sourire peut être triste. Je dirais : aimablement triste. Même la musique la plus gaie ne me la fait pas trouver gaie, et la musique la plus sombre n'est pas pour moi particulièrement sombre ni assombrissante. Devant la musique je n'éprouve jamais qu'un seul sentiment : je manque de quelque chose. Je ne comprendrai jamais la raison de cette douce tristesse et je n'essayerai jamais non plus de la comprendre. Je ne veux pas le savoir. Je ne veux pas savoir tout. D'une façon générale, bien que je me croie intelligent, j'ai peu de goût pour le savoir. Pour la raison, je pense, que je suis tout le contraire d'un curieux. Je laisse arriver beaucoup de choses qui me concernent, sans me préoccuper de la façon dont elles arrivent. C'est certainement un tort et ça ne m'aidera guère à faire carrière dans la vie. C'est possible. Je n'ai pas peur de la mort, donc de la vie non plus. Me voilà en pleine philosophie à présent. La musique est l'art où il y a le moins de pensées, et c'est en quoi elle est le plus doux des arts. Les gens qui n'aiment que comprendre ne pourront jamais l'estimer, mais c'est justement à eux, dans les moments où ils l'écoutent, qu'au plus profond d'eux-mêmes elle fera du bien. On ne doit pas vouloir maîtriser un art ou estimer son prix. L'art veut se frotter à nous comme il lui plaît. C'est un être tellement pur et indépendant qu'on le froisse quand on s'occupe trop de lui. Il est toujours prêt à punir celui qui s'approche de lui pour le saisir. C'est ce qui arrive aux artistes, ceux qui font un métier d'essayer de le comprendre, alors qu'il ne veut d'aucune manière se laisser prendre. C'est pour cela que je ne voudrais jamais devenir un musicien. J'aurais trop peur d'être puni par un être aussi gracieux. On peut aimer un art, mais on doit bien se garder de l'avouer. C'est quand on ne sait pas qu'on aime ; qu'on aime le plus profondément. Moi, la musique me fait souffrir. Je ne sais pas si je l'aime vraiment. Elle me trouve là où elle veut justement me trouver. Je ne la cherche pas. Je me laisse caresser par elle. Mais ce sont des caresses qui blessent. Comment dire ? La musique c'est comme un chagrin mélodieux, un souvenir fait de sons, un tableau pour l'oreille. Je m'exprime mal. Tous ces mots sur l'art que j'ai employés plus haut ne sont surtout pas à prendre au sérieux. Je n'ai pas bien su les trouver, pas plus qu'un beau son n'a su encore me trouver aujourd'hui. Quelque chose me manque quand je n'entends pas de musique, et quand j'en entends le manque est encore plus grand. Voilà ce que je peux dire de mieux sur la musique.

(1902)