parution avril 2012
ISBN 978-2-88182-870-6
nb de pages 896
format du livre 160 x 240 mm

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André Thibault,

Pierre Knecht (sous la dir.)

Dictionnaire suisse romand. Particularités du français contemporain

résumé

Qui a introduit le mot chalet dans la langue française ? Pourquoi ne trouve-t-on pas la locution mener à chef dans les dictionnaires français ? La damassine est-elle une liqueur ou une eau-de-vie ? A-t-on raison de dire que l’expression comme que comme est un germanisme ? Comment les Français appellent-ils une fourre de duvet ? Dans quelles régions de la francophonie dit-on septante et nonante ?

Vous trouverez la réponse à toutes ces questions dans les pages du Dictionnaire suisse romand : près de 1200 mots, locutions et expressions caractéristiques du français de Suisse romande, illustrés par d’innombrables exemples tirés de la presse, de la littérature et de textes didactiques, documentaires ou juridiques, ainsi que d’enquêtes menées auprès de nombreux témoins originaires de tous les cantons francophones.

Chaque article comporte, en plus d’une description sémantique et grammaticale, un commentaire historique et géographique qui tente de replacer le mot dans un contexte plus large. L’ouvrage offre également de nombreux index permettant un accès facile et rapide aux informations recherchées.

Résultat d’un important projet de coopération internationale entre pays francophones, le Dictionnaire suisse romand a pour ambition d’être un complément aux dictionnaires de langue générale. Son succès (16 000 exemplaires depuis sa parution en 1997)  est dû aussi bien au sérieux de la recherche historique qu’à la multitude des citations puisées dans la littérature romande ou dans la presse.

 

Ouvrage dirigé par Pierre Knecht, professeur honoraire à l’Université de Neuchâtel. Longtemps rédacteur au Glossaire des Patois de la Suisse romande, coauteur de La Suisse aux quatre langues, il a collaboré aux trois derniers volumes de l’Histoire de la langue française.

 

Conçu et rédigé par André Thibault, professeur aux Universités Paris IV et Strasbourg II. Ancien rédacteur au Französisches Etymologiesches Wörterbuch, collaborateur du Dictionnaire historique de la langue française, du Trésor de la langue française au Québec et du Dictionnaire des régionalismes de France.

extrait

 

bRingueRv. 

1. ♦(v. intr.) Ennuyer, agacer, embêter avec des 

discours monotones, rabâchés. ⇒brin guei 1; 

meuler;piorner

«Elle bringue toujours avec ces histoires d’hé - 

ritage.» Enq. CD/I, 1974 (NE Landeron). 

2. ♦(v. intr.) Se chicaner, se quereller (avec 

quel qu’un); chercher noise. Cesse de bringuer 

avec ta sœur!bringueii

«– On prend encore trois [décis*]?/ – En vi tesse. 

J’ai mon gou ver nement [ma femme] qui bringue…» 

J.Chessex, Portrait des Vau dois, 1969, p.86. 

«Si on a une nouvelle place et si cela ne nous 

plaît pas, on ne reste pas. On boucle ses ba gages et 

on part. On est quand même pas ma rié avec le patron. 

Mais on ne bringuepas. On quitte.» P. Hugger, Le 

Ju ra vaudois, 1975, p.218. 

«Elle a bringuétoute sa vie avec mon père parce 

qu’il ne fermait jamais les portes.» Exemple relevé à 

Saulcy (JU), 21 mai 1978. 

«Ils n’avaient pas demandé l’autorisation de sta- 

tionner. […] Je leur ai d’abord de man dé po li ment de 

partir. Mais aujourd’hui, je ne veux pas bringuer 

avec cette histoire, je n’ai pas envie de représailles 

[…].» La Liberté,19 août 1992. 

V.encore s.v. juge. 

 

 

4.♦(v. intr.) Faire la fête, batifoler, folâtrer. 

«C’est une religion de roi nègre, pas de dis cus - 

sion! On est pro tes tants, nous les Vaudois, pas ques- 

tion de revenir au Moyen Âge! / Leurs curés sont 

aussi douteux que leurs saints. Vo leurs, tou cheurs, et 

des mines de ciel ouvert. Tout le monde sait qu’ils 

bringuent avec leur servante et qu’ils se tapent la 

cloche derrière leurs murs.» J. Chessex, Portrait des 

Vaudois, 1969, p.114. 

◊ S’attarder, perdre son temps, traînasser. 

«Quand tu auras assez bringuéavec ta toi lette 

nous raterons le train.» Enq. CD/I, 1974 (FR Roche). 

◊ (en tournure nég.) Ne pas bringuer, ne pas hé 

si ter, ne pas perdre son temps. 

«“Jolie” [génisse prématurée] n’était pas bien en- 

combrante; avec ses 9 kilos, elle ne pe sait que le 

quart du poids moyen d’un veau arrivé à terme. […] 

“Ç’aurait été un mâle, on n’aurait pas brin gué!” [on 

l’au rait tué].» Le Sillon ro mand, 17 dé cembre 1976, 

p.9. 

«Le père se fatigue de son fils qui lui faitconti- 

nuellement la brin gue afin d’obtenir de l’ar gent.» 

Enq. CD/I, 1974 (NE Le Lan de ron). 

«Et quand des amis ont appris que j’allais venir 

aux Auges, ils m’ont fait la “bringue”pour que 

j’ouvre une buvette.» Nouvelliste et Feuille d’A vis du 

Valais,26 août 1994, p.13. 

i. 3. ♦(par ext.) Personne ennuyeuse; raseur. 

Quelle bringue, celui-là! Il nous en nuie avec 

ses his toires.meule3;piorne

«Vous allez dire que je suis une vieille “brin gue” 

et vous aurez raison; mais au soir de ce mer veilleux 

dimanche, il est tout de même per mis d’exprimer sa 

gratitude encore […].» W. Dubois, En poussant nos 

clédars, 1959, p.121. 

ii. ♦Querelle, noise, chicane. Il nous fait tou - 

jours des bringues quand on emprunte ses 

choses. Cherche pas des bringues!brin- 

 guer2

«Timidement, au bout d’une heure, la femme du 

pasteur télé pho na aux gendarmes. Vite, vite, père et 

fils payèrent mille francs […] pour évi ter bringueet 

procès.» J. Chessex, Portrait des Vau dois, 1969, 

p.36. 

«– Il s’agit de ta femme, précisément. Avec elle, 

il t’arrive de te chipoter? / – Comme chaque mari. 

«Entre la famille de ce dernier et l’ex ploi tant de 

la ferme voisine, un Glânois* pure souche, la mésen- 

tente avait perduré, attisée en core par une bringueau- 

tour de la construction d’une halle* à volaille.» La 

Liberté, 10 dé cem bre 1991. 

«J’ai “remonté” [= reconstitué] le cheptel des 

chevreuils, ce qui m’a valu un tas de brin guesavec 

les forestiers.» La Suisse, 4 avril 1993, p.7. 

«À la fin de sa scolarité, A. C. n’a guère de 

choix. C’est donc tout naturellement qu’elle se met 

au service de sa famille d’accueil. “C’était des fois 

dur, quand il fallait défaire le fumier ou épandre le 

purin. Mais j’étais bien nourrie et il n’y a jamais eu 

de bringue”, dit-elle.» La Li ber té, 20 juillet 1994, 

p.15. 

«Les pages qui vont suivre ne sont pas une pou- 

belle dans laquelle la mauvaise humeur, les rancunes, 

les sales bringues, l’envie et tous les autres défauts 

pourront trouver place.» 24 heu res, 6 mars 1995, 

p.52. 

V.encore s.v. cannelle; jass. 

Être en bringue avec qn,être brouillé avec qn. 

« Je suis en bringue avec mon voisin qui épie 

tous mes faits et gestes.» Enq. CD/II, 1975-1981 (NE 

Le Landeron). 

«Oh i comprend bien ces affaires le curé, mais 

voyez, il est en bringueavec le pasteur, i s’voyent 

plus maintenant.» RSR, 3 juin 1976.