parution avril 2015
ISBN 978-2-88182-943-7
nb de pages 1728
format du livre 175*210 mm

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en Suisse / en France

Roger Francillon,

Collectif

Histoire de la littérature en Suisse romande

résumé

Au moment où les littératures des marges intéressent de plus en plus, où les diverses régions francophones affirment leur identité propre face au centralisme parisien, la Suisse romande représente un exemple particulièrement intéressant de métissage culturel au carrefour des grandes cultures européennes. Voici un ouvrage de référence qui fait le point sur l’état actuel de nos connaissances de la littérature en Suisse romande, du Moyen Age à nos jours. Une somme de plus de 1750 pages réalisée par les meilleurs spécialistes qui étudient d’Othon de Grandson à Jean-Luc Benoziglio, en passant par Ramuz, Cendrars, Cingria ou Jaccottet. La plupart des auteurs dont il est question dans les dernières parties de cette Histoire sont bien vivants. Leur nombre, la diversité de leurs écrits, la richesse des thèmes traités témoignent de l’extrême intensité de la vie littéraire en Suisse française. C'est bien sûr un défi, que de parler d'auteurs vivants dans une perspective historique.

Les Lettres romanes

"Le beau livre que publie la maison Zoé n'est pas seulement une nouvelle édition de l'Histoire de la littérature en Suisse romande parue sou sle même titre en 1996 et 1999 chez Payot (Lausanne), c'est un ouvrage neuf. (...) Ce livre enthousiasmant, qui renvoie à d'autres livres, constitue un merveilleux jeu de piste. (...)" Jacques Cormier

dans Scènes Magazine

« (…) La suite de cette histoire de la littérature de Suisse romande est très fouillée. Pas un sujet ne manque, de la Suisse pendant les états généraux à l’année 2014 en passant par le XIXe siècle et les guerres mondiales. Chaque partie commence par un article de Roger Francillon qui met la littérature de l’époque étudiée dans son contexte historique. Les trois dernières parties sont particulièrement passionnantes. (…) Ajoutons pour finir que ce livre est un très bel objet. Il est solide, maniable, la jaquette est d’un magnifique bleu royal, la mise en page agréable (les citations bien détachées sont en bleu), et, comble du bonheur, il sent bon quand on l’ouvre… Ce livre doit absolument se détacher dans les bibliothèques de toutes les personnes qui s’intéressent à la culture, qu’elles habitent en Suisse, en France ou ailleurs. »

Emmanuèle Rüegger

Les affiches de normandie

« (…) Extraordinaire périple, tracé par les meilleurs spécialistes avec une rare pénétration, qui donne une sérieuse envie de se plonger dans des trésors souvent méconnus. » Pierre Aubé

Valeurs actuelles

« Éclectique. Méconnue en France ou abusivement annexée par Paris, la littérature suisse romande a produit pléthore d’écrivains de talent et de tempérament, qu’une somme critique permet de découvrir ou redécouvrir.

(…) À parcourir ce panorama des lettres romandes, le lecteur se convaincra que la fameuse neutralité helvétique, vilipendée par Léon Bloy, ne fut pas de règle en littérature. Au moins… »

Alfred Eibel

RTS - L'horloge de sable

« (…) En quinze chapitres, d’Oton de Grandson aux nouveaux auteurs de la dernière décennie, cet ouvrage de référence ne se contente pas d’une présentation des figures littéraires mais enrichit le débat sur la notion même de littérature romande dans les formes éclatées de l’actuelle francophonie. »

Le Monde des Livres

« (…) Il est passionnant de redécouvrir l’œuvre d’écrivains aussi connus que Rousseau ou Mme de Staël (1766-1817), renouvelée d’être ainsi replacée dans le tissu des lettres romandes (…) » Jean-Louis Jeannelle

La Gruyère

« (…) Toujours aussi riche et synthétique. (…) elle montre parfaitement le foisonnement actuel de la littérature dans notre coin de pays, autant par le nombre de nouveaux écrivains que par leur diversité. (…) Cette histoire de la littérature vaut autant par sa description de la vie culturelle au fil des siècles que par les chapitres monographiques, parfois remaniés. (…) »  Eric Bulliard

La République des livres

"Pas moins de sept siècles d’écriture y sont rassemblés, disséqués, analysés. Ils sont des centaines, et de plus en plus nombreux depuis vingt ans, à être écrivains en Suisse romande.(…) Cette histoire jette loin en arrière ses filets puisqu’elle débute avec Oton de Grandson, né vers 1340, présenté comme le seul poète important d’origine noble de la littérature française de son époque, et s’achève avec Agota Kristof, récemment décédée, et d’autres exilés.

On s’en doute, le nouveau chapitre final fait la part belle à Jacques Chessex, Etienne Barilier, Claude Frochaux, Bertil Galland, Daniel de Roulet, Jean-Luc Benoziglio, Jean-Marc Lovay, Philippe Jaccottet, Robert Pinget. Le public français les connaît, d’autant qu’ils ont souvent été publiés par des maisons parisiennes. Mais connaissent-ils seulement, à défaut de les avoir lus, les noms de leurs glorieux aînés, les grands classiques Ramuz, Cingria, Chappaz ? Ils ne savent pas ce qu’ils ratent. Tous ne sont pas dans la Pléiade… C’est peu dire que cette somme d’une grande richesse est appelée à rester longtemps “la” référence sur la question." Pierre Assouline

 

La Liberté

« (…) Car en fait de pavé, il s’agit surtout d’un socle où vient se hisser la connaissance, comme pour mieux s’orienter dans un champ littéraire en pleine mutation. (…) Car l’intérêt – et la belle audace – de l’entreprise est bien là : oser manquer de recul pour mieux connecter l’histoire aux réalités contemporaines. (…) Les concepteurs de l’ouvrage ont donc préféré aux articles monographiques une succession de synthèses thématiques, souvent brillantes, à même d’embrasser le fait littéraire dans son acception la plus large, de la poésie à la bande dessinée en passant par le slam, la traduction ou la chanson. En multipliant les perspectives comme autant de regards à la subjectivité revendiquée, l’ouvrage fait mention d’une vaste constellation d’artistes et écrivains en notices plus ou moins développées. (…), car ce bel ouvrage, pour proposer un remarquable (et très accessible : une soixantaine de francs) état des lieux de l’identité littéraire de la Suisse francophone d’hier et d’aujourd’hui, ose porter le regard par-delà les frontières, et c’est là sa grande force. (…) » Thierry Raboud

RTS - L'horloge de sable

« (…) En quinze chapitres, d’Oton de Grandson aux nouveaux auteurs de la dernière décennie, cet ouvrage de référence ne se contente pas d’une présentation des figures littéraires mais enrichit le débat sur la notion même de littérature romande dans les formes éclatées de l’actuelle francophonie. » Christian Ciocca

Le Temps

Toute une histoire, en un seul volume

 

« Agréable, maniable, la nouvelle édition de l’Histoire de la littérature en Suisse romande s’impose comme un outil de référence

 

Bel objet que cette imposante Histoire de la littérature en Suisse romand e. Presque carré, maniable malgré les 1726 pages, le volume arbore un bleu Nattier frais et doux au toucher. Une invitation en somme à se plonger dans sept siècles de production littéraire en Suisse romande, des ballades du trouvère Othon de Grandson (vers 1340-1397) aux performances scéniques et numériques de 2014. Ouvrage de référence pour tout étudiant et tout amateur de littérature francophone, pour tout curieux de ce territoire, riche, complexe, appelé Suisse romande.

 

Des quatre tomes de la première édition parue entre 1996 et 1999, les trois premiers ont été largement repris avec une actualisation des bibliographies et de certains chapitres comme ceux consacrés au poète Philippe Jaccottet ou à Jacques Chessex. Le quatrième tome en revanche, consacré à l’époque contemporaine, a été entièrement refondu.

 

Pour la plupart des quinze parties qui structurent l’ouvrage (Au temps des réformateurs, De Calvin à Rousseau, Au temps de Töpfer et de Vinet, etc.), Roger Francillon signe une présentation historique de la Suisse romande aux différentes époques visées, véritable mine d’informations. A cela s’ajoutent des plongées dans la vie littéraire et intellectuelle au cours des siècles et, à partir de 1968, d’un panorama des insti­tutions de la vie littéraire en Suisse romande (par Daniel Maggetti et Jérôme Meizoz, Françoise Fornerod).

 

Approches transversales

Les monographies d’auteurs avaient la part belle dans la première édition. On retrouve avec bonheur les chapitres consacrés à Jean-Jacques Rousseau (par Pierre-Paul Clément, Michel Delon et Jean Starobinski), à Madame de Staël (par Simone Balayé), à Charles Ferdinand Ramuz (par Roger Francillon), à Blaise Cendrars (par Anne Marie Jaton), à Gustave Roud (par Claire Jaquier), à Anne Perrier (par Doris Jakubec), pour ne citer que ces quelques auteurs… Joël Aguet suit le théâtre du XVIIIe siècle à 2014 et Marion Graf, les poètes, de 1900 à aujour­d’hui.

 

«Pour éviter de passer à côté du génie incompris» ou «de donner un poids démesuré à un écrivain qui sera totalement oublié dans dix ou cent ans», comme l’écrit Roger Francillon dans son introduction, les approches thématiques, transversales, ont été préférées aux parcours d’auteurs pour toute la partie contemporaine, de 1968 à aujourd’hui, soit les 400 pages inédites de cette édition.

 

Une quinzaine de contributeurs se sont réparti ces nouveaux chapitres. Les chercheurs universitaires ont été rejoints par des professionnels du terrain littéraire (journalistes, traducteurs, éditeurs, responsable d’institution). Isabelle Rüf du Temps s’est attelée au «roman de société» et Anne Pitteloud du Courrier à l’autobiographie et à l’autofiction; l’éditeur Giuseppe Merrone s’attelle au polar et Marc Atallah, directeur de la Maison d’Ailleurs, à la science-fiction. La littérature de jeunesse, la chanson, la performance scénique ont aussi leur place dans ce «portrait de groupe», cette photographie de la scène littéraire romande aujour­d’hui. » Lisbeth Koutchoumoff

L'Hebdo

« Les Éditions Zoé publient une nouvelle édition, en un seul volume, de la mythique “Histoire de la littérature en Suisse romande”. 

De quatre tomes d’un kilo et demi chacun couvrant le Moyen Âge jusqu’à l’année 1998, on est passé à un seul tome de 1728 pages pesant deux petits kilos et allant d’Othon de Grandson jusqu’au décès d’Anne Cuneo, en ce début d’année 2015.

Miracle. Grâce à l’infatigable Roger Francillon, ancien professeur de littérature française à l’Université de Zurich, codirecteur des Œuvres complètes de Ramuz chez Slatkine, déjà maître d’œuvre des volumes de l’Histoire de la littérature en Suisse romande parus en 1996 et 1999 aux Éditions Payot Lausanne Nadir, et à la tenace Caroline Coutau, directrice des Éditions Zoé, la littérature romande a de nouveau sa carte de visite. (…)

Le résultat est un objet qui réussit parfaitement le pari du grand écart, à la fois objet de référence pour les milieux de la recherche francophone, carte de visite indispensable pour une région de francophonie coincée entre la Berne fédérale alémanique et l’indifférence d’une France parisiano-centriste et objet de lecture et de culture générale d’accès aisé pour tout un chacun.

Quel régal, notamment que les chapitres sur le polar romand par Giuseppe Merrone, l’érotisme indigène signé Francillon lui-même ou les écrivains voyageurs par Anne-Lise Delacrétaz !

Prenant acte de la disparition de la revendication, en tant que telle, d’une identité littéraire romande, le chapitre “ Littérature et questions d’identité ” du précédent volume 4 a été remplacé par un intelligent “ Connexion, filiations et transversalités ” signé Sylvaine Dupuis. (…) » Isabelle Falconnier

Le Courrier

« La littérature romande a son nouvel ouvrage de référence: 1728 pages de papier bible reliées dans un bel écrin de carton bleu, couvrant plus de sept siècles de productions lettrées, du Moyen Age des troubadours à la révolution numérique. Depuis les histoires littéraires de Virgile Rossel et Philippe Godet, à la fin du XIX e siècle, aucun livre n’avait réalisé cette ambition d’envergure: rendre compte, à travers la continuité d’un récit historique, du foisonnement de la création littéraire en Suisse romande. (…)

Si les écrivains d’ici se sont, à certains moments de l’histoire, distingués des auteurs du reste de la francophonie (par des traits stylistiques, thématiques ou idéologiques), “ le positionnement individuel, la quête d’une esthétique particulière, le brassage des références sont aujourd’hui les règles mêmes de la pratique de la littérature ”. Un changement de paradigme qui, s’il n’invalide pas pour autant l’existence d’un espace littéraire romand, permet de sortir (définitivement?) des ornières du régionalisme et du traditionalisme où la littérature produite en Suisse romande fut souvent reléguée. Sans doute pas la moindre des raisons pour laquelle cette réédition deviendra vite incontournable. » Maxime Maillard

Viceversa littérature 16 - La part sauvage (2022, Viceversa Littérature)

Viceversa littérature 16 - La part sauvage

Quelles sont les raisons et les implications de notre désir de retour à un « état naturel », que nous idéalisons peut-être, et pour lequel nous éprouvons de la nostalgie ? Comment s’infiltrent dans la littérature les friches, les broussailles, les forêts obscures ? À quoi ressemblerait un texte dont la croissance serait sauvage ?

Douna Loup • Alexandre Lecoultre • Rebecca Gisler • Julia Weber • Matteo Ferretti • Flurina Badel • Marie-Hélène Lafon • Silvia Ricci Lempen • Tom Tirabosco

Viceversa littérature 15 – Histoires de famille

Qu’elle soit biologique ou par affinités, nucléaire ou élargie, la famille suscite d’immenses attentes. Mais la famille idéale, celle dont on voudrait faire partie, existe-t-elle ? Transmission d’un nom, d’une langue, de valeurs morales, héritage d’objets ou de maisons, déceptions, mensonges, secrets et luttes de pouvoir, la famille est en tout cas une mine pour faire des histoires. En inventer, en raconter. Le patrimoine familial se compose aussi de mots. Les écrivains en ont une conscience aigüe, ce qui leur permet d’interroger leur vécu, de débusquer du nouveau, tout en nous y associant intimement, nous laissant entendre l’écho de notre propre expérience.

Fabio Andina • Michelle Bailat-Jones • Yvonne Böhler • Zora del Buono Gianna Olinda Cadonau • Ludmila Crippa • Elisa Shua Dusapin Yael Inokai • Barbara Klicka • Naim Kryeziu • Line Marquis • Thierry Raboud • Noëlle Revaz • Maria Rosaria Valentini • Ivna Žic

Helvétique équilibre. Dialogues avec le Point de vue suisse du prix Nobel de littérature 1919

En 1919, Carl Spitteler (1845-1924) devient le premier Suisse à recevoir le prix Nobel de littérature. Notre point de vue suisse, son discours prononcé au début de la Première Guerre mondiale en faveur de la paix et de la neutralité, avait marqué l’esprit de Romain Rolland ou Blaise Cendrars. Le voici dans une nouvelle traduction. Cent ans plus tard, huit écrivains, alémaniques, romands et tessinois, entrent en dialogue avec l’écrivain. Quel rapport la Suisse et ses habitants entretiennent-ils avec leurs voisins européens ? Avec la question des migrants ? Les frontières sont-elles toujours aussi définies qu’il y a un siècle ? Quelles valeurs rattache-t-on aujourd’hui à cette fameuse neutralité helvétique ? Neuf textes et autant de points de vue sur des questions brûlantes. 

Né à Liestal, Carl Spitteler est un observateur critique des dogmes dominants au début du XXe siècle. Huit écrivains, de langues et de générations diverses, proposent en écho leur « point de vue suisse » : Adolf Muschg, Pascale Kramer, Fabio Pusterla, Daniel de Roulet, Dorothee Elmiger, Catherine Lovey, Tommaso Soldini et Monique Schwitter

Édité par Camille Luscher

Germaine de Staël, retour d'exil

Quatre lectures autour de Madame de Staël opèrent dans ce petit livre un réel décapage de la figure de la fille de Jacques Necker, ministre de Louis XVI. Un premier texte met en perspective le retour, à Paris,  en 1814, de cette personnalité ;  retour rendu possible grâce à l’abdication de Napoléon. On y voit combien l’œuvre et la pensée de Germaine est moderne, notamment parce qu’elle appartient comme toute sa génération à une période de transition entre ancien régime, dont elle tient la plus grande partie de son éducation, et les divers essais de mise en place d’un régime plus libéral. Victime de la politique réaliste de Napoléon, elle s’exile à Coppet où les libéraux viennent se rallier autour d’elle.

Deux textes sur ses rapports violents avec Napoléon permettent de comprendre l’opposition entre ces personnalités majeures du début du XIXe siècle, qui se jalousaient, se respectaient, se haïssaient. L’une avec ses idées, l’autres avec ses forces armées. Leurs divergences idéologiques, politiques et artistiques, notamment leur conception différente du rôle sociale de l’écrivain, les opposaient.

Enfin, un parallèle brillant et audacieux est proposé entre la pensée de Sade et de la fille de Necker. Mélancolie, rôle des passions, intensité des sentiments, ennui, l’empreinte mortifère de la Terreur, la double présence de la mort et du suicide se retrouvent chez l’un comme chez l’autre. Des traces de la pensée de chacun dans leur œuvre respective s’y décèlent.

Textes de Léonard Burnand, Stéphanie Genand, Doris Jakubec et Dusan Sidjanski.

Nouvelles de la Grande Guerre (2014, classiques du monde)

Nouvelles de la Grande Guerre

Il y a maintes façons de rendre compte d'un conflit de l'ampleur de la Première Guerre mondiale. L'histoire, petite ou grande, analyse les faits, les chiffres, l'enchaînement chronologique des batailles, les réalités sociales passées par le filtre de l'analyse et du temps. La littérature, elle, rassemble ces mêmes données dans un unique bourbier, celui de l'absurdité humaine. Le camp ici n’a plus d'importance, les chiffres sont informes, parce que trop énormes, et les causes se mélangent avec les corps. Seul reste l'humain, un et indivisible.

Rassembler dans un même recueil quelques-unes des grandes nouvelles écrites aux quatre coins de l'Europe pendant ou juste après la guerre est donc une autre façon de raconter l'histoire. Mis bout à bout, ces récits singuliers d'êtres singuliers rendent compte de l'unicité des destins pris dans un seul et même engrenage, la guerre.

 

Robert Walser, Arthur Conan Doyle, Henri Barbusse, Richard Weiner, Liviu Rebreanu, Alexis Tolstoï, Stefan Zweig, Rudyard Kipling, Albert Londres, Italo Svevo

Textes réunis par Laure Pécher

Adrien Pasquali, Chercher sa voix entre les langues

Questionner les frontières – du monde réel, de la raison et de la folie, du silence et de la parole, ou celles des langues. Tenter de guérir d’un défaut d’origine par l’exercice de la traduction. Passer enfin de l’étude des autres ou du pastiche à l’invention de soi : telle fut l’ambition d’Adrien Pasquali, dont l’œuvre protéiforme ressemble à une autobiographie de l’esprit. Fils d’immigrés italiens né à Bagnes (en Valais) en 1958, auteur d’une thèse de doctorat sur Ramuz et d’une œuvre critique abondante, il était devenu l’un des meilleurs auteurs de sa génération. Il s’est donné la mort à Paris en 1999, vouant sa trajectoire d’écriture à un fondamental inachèvement.

« Migrant » d’une langue à l’autre d’autant plus fasciné par les récits de voyage qu’il ne voyageait pas ; écrivain hanté par les pièges et les jeux du langage ; chercheur curieux de génétique textuelle que le travail sur autrui ramène en définitive à soi : ce sont là les multiples facettes intimement solidaires d’Adrien Pasquali, que cette première monographie critique mettra en perspective en convoquant pour ce faire trois générations de chercheurs. Puisse-t-elle permettre de mieux faire lire et aimer la voix énigmatique de celui qui, en 1998, décrivait sa situation comme une « impasse irrésolue »…

Nicolas Bouvier, espace et écriture

Nicolas Bouvier a effectué le trajet de Genève à Tokyo dans les années 50. Des livres ont jailli de ses voyages, si forts

qu’ils ont inspiré nombre de vocations de voyageurs et d’écrivains. Voyageur-poète, écrivain-musicien, artisan de l’image et du verbe, Nicolas Bouvier incarne dans son œuvre sa manière d’être au monde. Pour lui rendre hommage, un colloque lui a été consacré à Brest en 2008. Ce livre en est le prolongement.

Les auteurs, issus d’horizons intellectuels et géographiques différents – Jean Starobinski, Michel Butor, Jacques Lacarrière, Gilles

Lapouge, le photographe Jean Mohr, un spécialiste de poésie japonaise, une musicologue, des voyageurs, des écrivains et des universitaires –, soulignent le caractère humaniste et universel de l’œuvre de Nicolas Bouvier.

 

Le français notre maison

Comment prendre la défense du français sans le pétrifier ?

Et d’abord faut-il le défendre ?

Ce livre accueille des contributions de critiques, de journalistes et d’écrivains  qui réfléchissent à ce que représente la langue en général et le français en particulier. Tous cherchent un équilibre entre une alerte sévère contre un français appauvri, mou, moutonnier, conformiste et une ouverture généreuse, qui, ne sacralisant pas la langue, reste ouverte à l’écoute du frottement enrichissant des langues les unes avec les autres.

Par des expériences, des rêves, et des exemples, ils montrent comment veiller à la profusion, à la richesse, aux nuances de la langue comme à son inventivité. Certains pourfendent l’usage de l’anglais, tous aimeraient surtout que les fenêtres du français restent bien ouvertes, afin de laisser respirer la langue. 

Château de Chillon. Le fief de la rêverie romantique

"Il est des édifices qui dépassent leur fonction, leur temps, les mesures mortelles, qui sont entrés dans une aventure idéale, où leur destinée se joue hors de nous" (Paul Budry, 1938). C'est le cas du château de Chillon, haut lieu du pays de Vaud; savoyard, bernois, puis indépendant. Rousseau en fit le décor de l'épisode le plus dramatique de La Nouvelle Héloïse, il fascina Byron, Lamartine, Hugo, Flaubert, Töpfer, Ramuz. Ce petit livre offre au lecteur, grâce aux recherches de Danielle Chaperon et Adrien Guignard, les plus beaux textes inspirés par le château, dont le célèbre Prisonnier de Chillon.

Les Tribulations d'un voyageur helvétique

 

A une époque où les gens choississent une destination sur la carte du monde comme ils optent pour un mets sur la carte des menus, qu’est-ce que voyager peut encore signifier ? Les distances parcourues et le nombre de pays ou de régions visités ne sont certainement plus un critère. On n’impressionne plus personne avec une addition de kilomètres.

Si l’on veut parler de voyage, il faut évidemment se tourner vers les écrivains. On ne voyage vraiment que dans sa tête. C’est sans doute l’intérêt, aujourd’hui, d’un concours littéraire sur ce thème-là.

Parmi les douze textes choisis pour la publication, l’un raconte comment une fille de dix-huit ans révoque les programmes de voyage que sa mère a préparés pour elle en Inde et conquiert sa propre liberté. Une autre se livre à un poignant voyage funèbre pour aller disperser les cendres de sa mère dans des îles grecques, selon ses dernières volontés, et une narratrice se rend pour la première fois en Palestine d’où ses parents ont pris la fuite en 1948. D’autres récits invitent au voyage sur l’île de Gorée, au Cameroun, en Patagonie, sur l’île de la Réunion, au Pakistan, sur le Nil, à la mer d’Aral et enfin au Mali.

La Suisse côté cour et côté jardin

 

Cent dix-sept auteurs potentiels se lancent dans l’aventure d’un concours organisé par la FNAC en Suisse romande et en France voisine. Stimulés par le thème « La Suisse côté cour et côté jardin », ils racontent un jeune immigré dont les rêves s’écroulent face à la cruelle réalité genevoise ; les péripéties loufoques de comédiens vindicatifs qui aimeraient trouver leur place dans la pièce qu’ils jouent au risque de piétiner leurs partenaires ; un vieux couple qui se révolte contre les procédures de l’an 2055 ; deux maniaques de la propreté qui ne parviennent pas à se rencontrer ; une jeune suicidée ; des amoureux qui défient Satan et l’infidélité ; un appartement insolite ; et un malade incapable de parler sans faire de vers. Les textes choisis par le jury sont de tons et de genres extrêmement variés.

Comme le dit dans sa préface Sylviane Dupuis, écrivain et dramaturge, « on assiste un peu partout au “retour du texte” au théâtre. Le projet d’écrire pour la scène a encore du sens et continue de solliciter l’imagination et l’invention de formes. » 

Et si une Suisse fantastique m'était contée

 

Ces contes fantastiques terrifient, émeuvent, font rire ou les trois à la fois : plongées dans la folie, rencontres romantiques avec un fantôme du passé ou avec une fée, diaboliques avec un loup-garou ou un démon antédiluvien. Que faire lorsque le personnage d’un auteur prend vie, armé d’intentions inconnues ? Comment se débarrasser d’un père égoïste et encombrant, ou convaincre sa petite amie de ne pas s’envoler hors des frontières sans véhicule adéquat ? Que faire, enfin, si déjà sans emploi, on se réveille un matin seul au monde ?

Ces nouvelles ont été choisies parmi plusieurs centaines de textes anonymes, envoyés par des écrivains débutants de toutes les régions de Suisse romande et de France voisine, à l’occasion d’un concours organisé par la FNAC sur le thème « Et si une Suisse fantastique m’était contée… ».

Préface de Pascale Kramer

Robert Walser, l'écriture miniature (2004, domaine allemand)

Robert Walser, l'écriture miniature
Chiens et chats litteraires

"Les chats ont d'autres idées que les chiens sur la vie", notait Octave Mirbeau - et sans doute d'autres lectures, serait-on tenté d'ajouter. Chiens et chats, en tout cas, ont littéralement investi le territoire littéraire, y imprimant les plus visibles et lisibles des empreintes. Ce livre, pistant leurs traces, en décrypte les aspects ludiques ou graves à travers l'histoire littéraire, culturelle ou philosophique. S'y ajoutent des créations d'auteurs et une riche iconographie qui donnent un nouvel éclairage à cet indispensable et contrasté duo.

Bannières (1999)

Bannières

Histoire de la littérature en Suisse romande: extrait

Jean de Léry,
ou le roman d’aventures du calvinisme

Une vie mouvementée

Né en 1536 dans le bourg de La Margelle, en Bourgogne, Jean de Léry est cordonnier de son état. Pour raison de religion, il s’est réfugié à Genève, peu de temps avant qu’on l’adjoigne, comme « mécanique » (travailleur manuel), à la mission que Calvin dépêche au Brésil auprès de l’amiral de Villegagnon, sur sa demande (embarquement en novembre 1556, arrivée au Brésil en mars 1557). Avec l’appui de l’amiral de Coligny, Villegagnon vient d’établir, en novembre 1555, une petite colonie sur une île de Guanabara (actuellement : baie de Rio de Janeiro). Il s’agit à la fois de prendre de vitesse les Portugais, qui n’ont pas encore colonisé cette région commercialement importante, et de fonder une sorte de refuge où partisans de l’ancienne et de la nouvelle foi pourront coexister. Après cinq ans, l’entreprise sera totalement abandonnée. André Thevet (1502-1590), celui qui deviendra le cosmographe du roi, fait partie de l’expédition. Mais, éprouvé par la maladie, il est rapatrié moins de trois mois après son arrivée. Autant dire qu’il ne rapporte presque pas d’observations directes. La mission calvinienne doit aider à résoudre certains différends en matière de dogmes et de liturgie. Son échec sera total, car, en deux ans, Villegagnon est passé d’une position ouverte, inspirée par Coligny, à une orthodoxie sourcilleuse. Au lieu de développer la colonie et de l’établir sur terre ferme, on se met à disputer, pendant de longues semaines et à quelques encablures des Tupinambas anthropophages, de cette autre anthropophagie que représente la manducation du corps du Christ ! Se soumettre ou partir : à la fin, les Genevois n’ont plus d’autre alternative. Que choisir, du danger représenté par Villegagnon (trois calvinistes furent noyés par lui après le départ des autres) ou des immenses périls auxquels exposent la violence de l’océan et la vétusté d’un bateau vermoulu ? Avec le pasteur Pierre Richer, Léry préfère rentrer (janvier 1558). On lira, aux chapitres XXI et XXII de l’Histoire d’un voyage[1], le récit de l’horrible traversée. De retour à Genève en 1559, Léry se marie (union peu heureuse), devient bourgeois de la ville et reçoit une formation (accélérée ?) de théologien. Il exerce alors une activité pastorale en France, au plus dur des guerres de religion. Après la Saint-Barthélemy (24 août 1572), on le trouve réfugié dans la place forte de Sancerre, qui résiste une année aux troupes catholiques. Il sera le témoin de la famine et d’un cas de cannibalisme. Il négociera la reddition de la place. Après des années de ministère en Bourgogne, il devient pasteur chez Leurs Excellences de Berne : à Aubonne (1589-1595), puis à L’Isle et Montricher, où il mourra de la peste en 1613. Étroitement associé au calvinisme, ministre en Pays de Vaud pendant un quart de siècle, diffusé par les presses genevoises, Léry a plus d’un titre pour figurer parmi les auteurs romands.

Léry a rédigé deux chroniques de deux événements marquants de sa vie : L’Histoire memorable de la ville de Sancerre, contenant les entreprinses des assiegeants, les resistances, et la delivrance notable des assiegez […] (s.l., 1574), et l’Histoire d’un voyage faict en la terre du Bresil […]. Cette œuvre connaît cinq éditions du vivant de Léry : en 1578, en 1580 (édition augmentée de manière sensible), en 1585 (augmentation significative de la préface), en 1594 et en 1599-1600. On la traduira, du vivant de l’auteur également, en latin, en hollandais, en anglais (abrégé). Une traduction allemande sera publiée à la fin du XVIIIe siècle.

Thevet et Léry

Thevet publie ses Singularitez de la France antarctique en 1557. C’est le premier récit de l’entreprise de Villegagnon ; il paraît un an après le retour du géographe. Celui-ci a connu « Fort Coligny », mais y a été malade et l’a quitté après dix semaines. Thevet s’entoure donc de témoignages recueillis sur place pour décrire de façon assez complète la région que les Français espéraient coloniser. Un polygraphe, Mathurin Héret (1518-1585), fournit les rapprochements avec les auteurs de récits de voyages antiques. Le contenu ethnographique de l’ouvrage est de première importance, et Léry n’ajoutera pas grand-chose, dans son propre récit, aux renseignements apportés par Thevet : organisation sociale, croyances, guerre, cannibalisme, récits cosmogoniques, faune, etc.

Cette expédition chez les Tupinambas participe vite de la polémique entre catholiques et protestants. Villegagnon, en 1561, se défend contre les accusations dont il est l’objet ; Crespin, comme par riposte, insère en 1564, dans son Livre des martyrs, le récit de l’exécution des trois calvinistes par Villegagnon. La polémique reprend avec la publication de la Cosmographie universelle de Thevet (1575), où l’auteur accuse les calvinistes d’avoir fait échouer l’entreprise de colonisation. Léry se sent alors investi d’une mission de témoignage. Par deux fois, il aurait perdu, nous dit-il, le texte de son Histoire, écrite d’« encre de Bresil » ; il l’aurait miraculeusement retrouvé en 1576. Vérité ou artifice pour souligner le caractère providentiel de son œuvre ? Peu importe. Elle « apparaît donc comme le fruit d’un long mûrissement […]. Loin de surgir ex nihilo un beau jour de l’an 1578, elle a été préparée par une méditation personnelle nourrie au fil des années par les déconvenues domestiques, l’épreuve renouvelée des sièges de La Charité et de Sancerre en 1572-1573 et la prédication de l’Évangile dans les circonstances dramatiques d’une France déchirée par les guerres civiles »[2]. En 1580, l’Histoire comprend une épître dédicatoire à François de Coligny, une longue préface et vingt-deux chapitres ainsi répartis : motifs du voyage (I), voyage et description des phénomènes maritimes et des animaux marins rencontrés (II-V), accueil et comportements de Villegagnon (VI), description de l’île et du Fort Coligny (VII), description physique des Tupinambas (VIII), leur alimentation et boisson de base (IX), faune et flore (X-XIII), guerre et anthropophagie (XIV-XV), religion (XVI), polygamie et police civile (XVII-XVIII), mort et funérailles (XIX), ce que l’on pourrait appeler le « vocabulaire de base Berlitz » nécessaire à un francophone pour nouer des relations avec les Tupinambas (XX), l’atroce voyage de retour (XXI-XXII).

Léry ethnologue, écrivain et historien

Sans Thevet, premier ethnologue français moderne, Léry n’aurait peut-être pas écrit son Histoire. C’est pourtant ce dernier texte qui est, pour Lévi-Strauss, le « bréviaire de l’ethnologue »[3]. Pourquoi ? D’abord, parce qu’il relate une expérience de presque un an dans la baie de Guanabara et une cohabitation de deux mois, sur terre ferme, avec les Tupinambas. Léry est un témoin oculaire, il peut se prévaloir de l’autopsie[4]. Il a participé, comme un reporter moderne, à une entreprise guerrière de ses hôtes ; il a vécu en leur compagnie une convivialité dont il se souvient avec émotion. Sur les mêmes sujets, Léry est souvent un narrateur plus complet que Thevet et un témoin comme fasciné par l’autre. Une telle familiarité ne lui a rien ôté cependant de la distance nécessaire à une bonne observation. Cette distance ressortit à des exigences ethnologiques évidentes, à des exigences littéraires aussi : l’écrivain médite avec lui-même, revient sur son texte, s’interroge en écrivant. Il a le sens de la disposition rhétorique dont il déplore l’absence chez Thevet, dans sa préface de 1585 notamment. La littérature digne de ce nom est souvent le lieu de conflits et d’ambiguïtés que l’écrivain essaie de résoudre en les exprimant. A ce titre, Léry présente une contradiction dramatique entre la nostalgie de la réminiscence (le jeune cordonnier, peu soucieux de théologie, s’est trouvé à son aise chez les Tupinambas) et le jugement qu’un pasteur d’âge mûr porte sur les sauvages abandonnés par la grâce de Dieu. Calvin n’était pas très ouvert à l’évangélisation des Américains. Léry se réfère d’ailleurs à la théorie de Francisco Lopez de Gomara, l’historien de la conquête des Indes par Cortés, selon laquelle l’Américain descendait de Cham, le fils maudit de Noé. Pour juger de l’espace littéraire contradictoire dans lequel se meut l’imaginaire de Jean de Léry, opposons deux passages. Le premier est extrait du chapitre XXI :

[…] plusieurs d’entre nous, ayant là non seulement moyen de servir à Dieu, comme nous désirions, mais aussi goûté la bonté et fertilité du pays, n’avaient pas délibéré de retourner en France, où les difficultés étaient lors et sont encore à présent sans comparaison beaucoup plus grandes, tant pour le fait de la Religion que pour les choses concernant cette vie. Tellement que pour dire ici Adieu à l’Amérique, je confesse en mon particulier, combien que j’aie toujours aimé et aime encore ma patrie, néanmoins voyant non seulement le peu, et presque point du tout de fidélité qui y reste, mais, qui pis est, les déloyautés dont on y use les uns envers les autres, et bref que tout notre cas étant maintenant Italianisé, ne consiste qu’en dissimulations et paroles sans effets, je regrette souvent que je ne suis parmi les sauvages, auxquels (ainsi que j’ai amplement montré en cette histoire) j’ai connu plus de rondeur qu’en plusieurs de par-deçà, lesquels, à leur condamnation, portent titre de Chrétiens.[5]

Les lignes suivantes, elles, font partie du chapitre XVI :

D’autant donc que quant à ce qui concerne la béatitude et félicité éternelle (laquelle nous croyons et espérons par un seul Jésus-Christ), nonobstant les rayons et le sentiment que j’ai dit qu’ils en ont, c’est un peuple maudit et délaissé de Dieu, s’il y en a un autre sous le ciel (car pour l’égard de cette vie terrienne, j’ai jà montré et montrerai encore, qu’au lieu que la plupart par-deçà étant trop adonnés aux biens de ce monde n’y font que languir, eux au contraire ne s’y fourrant pas si avant, y passent et vivent allègrement presque sans souci), il semble qu’il y a plus d’apparence de conclure qu’ils soient descendus de Cham […].[6]

Sans cesser d’être véridique, le témoignage fluctue, au gré de la subjectivité de l’auteur.

Léry fonde aussi une méthode historique. Par la pratique de l’autopsie, par la volonté d’imposer à ses allégations ce qu’on appelait la conférence, c’est-à-dire un contrôle comparatif par le récit d’autres chroniques de l’histoire universelle, Léry met en perspective son Histoire. Il compare ce que disent Flavius Josèphe (siège de Jérusalem), Chalcondyle (cruautés des Turcs et d’Amurat contre les Grecs), Bèze (horreurs des guerres de religion), et juge par d’autres cas d’anthropophagie celui des Tupinambas. Par ce qu’on appelle un effet boomerang, et qu’on retrouvera souvent, c’est le sauvage, que l’on tenait de prime abord pour inférieur, qui met en question l’Européen : l’anthropophagie du premier dépend de ses lois guerrières et d’un code de l’honneur, celle du second provient d’une barbarie extrême et anomale. On constate une aggravation du péché d’Adam dont la dégénérescence européenne est le signe. Comme Viret, Léry n’est pas loin de penser à la proximité de la fin des temps. En tout cas, l’histoire doit montrer que toute œuvre humaine est vaine et que la rédemption viendra pour les chrétiens d’un don gratuit.

L’Histoire d’un voyage et son devenir

Le récit de Léry est solidaire de l’Histoire nouvelle du Nouveau Monde, de l’Italien Girolamo Benzoni (1579), traduite par Urbain Chauveton. Léry et Chauveton militent contre le parti pro-espagnol qui sévit alors en France, en montrant le rôle important que des huguenots ont joué et qu’ils peuvent jouer encore pour coloniser une terre d’outre-mer où la tolérance soit possible. La compréhension dont Léry fait preuve pour les populations sauvages encouragera les pays protestants d’Europe du Nord dans leurs entreprises.

Montaigne suit Léry de très près dans son essai « Des cannibales » (I, 31). Lui aussi met en cause l’Européen dont il oppose le vice à la vertu naturelle de prétendus barbares. Le mythe du Bon Sauvage est né. On en connaît la fortune au siècle des Lumières ; Léry sera lu et cité en particulier par l’abbé Prévost et l’abbé Raynal (dans l’Histoire des deux Indes). Comme le remarque Frank Lestringant, éditeur de l’Histoire d’un voyage, le XVIIIe siècle a déformé le message ; il veut rationaliser ce qui échappe à l’interprétation, alors que le XVIe siècle se contentait de l’enregistrer. Léry et ses lecteurs des Lumières s’accordent, mais sur des prémisses divergentes : le pessimisme calviniste et l’anticolonialisme doctrinaire. Enfin, l’Européen libertin projette ses propres fantasmes érotiques sur le sauvage américain, ce que Léry, décrivant les mœurs sexuelles des Tupinambas, n’avait jamais fait. Notre auteur était destiné à rencontrer un meilleur lecteur : Claude Lévi-Strauss. L’un et l’autre ont travaillé sur le terrain, l’un et l’autre pratiquent à la fois la distance et la sympathie, l’un et l’autre, surtout, n’expliquent pas les sociétés qu’ils étudient par la nature. Malgré Montaigne, malgré Rousseau, foin du Bon Sauvage ! Les sociétés, quelles qu’elles soient, appartiennent à la culture. Même nus, les sauvages ne ressortissent pas à la nature :

[Je ne veux pas] en façon que ce soit approuver cette nudité [celle des Tupinambas] ; plutôt détesterai-je les hérétiques qui contre la Loi de nature (laquelle toutefois quant à ce point n’est nullement observée entre nos pauvres Américains) l’ont autrefois voulu introduire par-deçà.[7]

Pour le dire avec Lestringant, « telle est en définitive la plus haute leçon de l’œuvre de Léry : tournant le dos au mirage d’un âge d’or illusoire, auquel s’attarde au même moment Montaigne, et qui, pendant deux siècles encore, bercera les libertines rêveries des Philosophes, il considère dans les Tupinambas du Brésil une société indigène séparée de la nature et sans doute aussi du rachat. Ce pessimisme historique autorise une remarquable quiétude du regard. Surmontant la tentation primitiviste et débarrassé d’autre part du devoir de prosélytisme, Léry peut alors voir l’autre – pour la première fois »[8].

André Gendre

 

Rousseau par Jean Starobinski

 

Les idées sociales, politiques et religieuses de Jean Jacques Rousseau

Rousseau fut l’accusateur de la société de son époque. Il en fut aussi le séducteur. Et il voulut en être, du fond de sa solitude, l’éducateur. Il sut déployer dans sa critique les formules les plus vives et les plus provocantes. Il opposa aux maux qu’il dénonçait les images d’un monde heureux, le tableau d’une société juste, les principes du gouvernement légitime. Dans un langage chargé d’antithèses qui ne laissent pas immédiatement percevoir les dépassements et les conciliations proposés, Rousseau développa une pensée dont il revendiqua, notamment dans ses Dialogues (1772-1776), l’aspect systématique. Et c’est bien là un système, dont il fait remonter la genèse à la vision subite d’un ensemble de vérités : à l’« illumination » qui fit irruption en lui sur la route de Vincennes, en septembre 1749. L’ampleur et la cohérence de ce système, épars en plusieurs ouvrages publiés entre 1755 et 1762, ne furent pas immédiatement reconnus. Kant sut en saisir les thèses essentielles et les organiser. Mais il n’en alla pas de même pour tous les lecteurs. On ne retint de Rousseau que quelques traits isolés et quelques images simplifiées. Les malentendus furent longs à se dissiper, notamment ceux qui réduisaient Rousseau à la seule idée du « retour à la nature ». Les grandes vues d’ensemble sur la pensée de l’écrivain datent du XXe siècle.

 

[1] L’Histoire d’un voyage faict en la terre du Bresil n’a pas connu moins de huit éditions complètes ou partielles au XXe siècle. Signalons particulièrement : Genève, Droz, « Classiques de la pensée politique », 1975 ; Montpellier, Max Chaleil, « Classiques du protestantisme », 1992 (parce que l’orthographe y est modernisée, nous citons d’après cette dernière édition, qui contient un important dossier iconographique) ; Paris, Librairie Générale Française, « Bibliothèque classique », 1994 (nous recommandons au lecteur cette remarquable édition de Frank Lestringant, qui comprend une bibliographie exhaustive) ; Paris, Flammarion, « Étonnants classiques »,1998 ; Paris, Hachette, « Classiques Hachette », 2000.

[2] Frank Lestringant, Le Huguenot et le sauvage, Paris, Aux amateurs de livres, 1990, p. 54.

[3] Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques, Paris, Plon, 1955, p. 89.

[4] C’est-à-dire, au sens étymologique, « la vision par soi-même ».

[5] Histoire d’un voyage…, éd. cit., pp. 204-205.

[6] Ibid., pp. 162-163.

[7] Ibid., p. 94 ; c’est nous qui soulignons.

[8] Frank Lestringant, Épilogue à L’Histoire d’un voyage…, éd. cit., p. 242.