parution octobre 2015
ISBN 978-2-88182-959-8
nb de pages 112
format du livre 105 x 165 mm

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Nicolas Bouvier

Histoires d'une image

résumé

«L’éléphant est peut-être vindicatif , mais plutôt prudent. Il n’aurait guère de raison de s’en prendre à un congénère pour le plaisir de quelques princes enturbannés. On devait donc les bourrer de chanvre indien ou de quelque autre toxique pour augmenter leur combativité, et leurs cornaques les cravacher à mort pour qu’ils s’affrontent. Celui que l’on voit pris sous la patte de l’animal vaincu a l’air bien mal en point. S’il n’en meurt pas, il boitera toute sa vie et ne l’aura pas volé.»

biographie

Nicolas Bouvier est né en 1929 à Genève. Après deux licences, de droit et de lettres, il part en compagnie de son ami Thierry Vernet pour un premier voyage de quatre ans, en Yougoslavie, au Japon, en Afghanistan, au Pakistan, en Inde et à Ceylan. Père fondateur du travel writing moderne, auteur entre autres de L'Usage du monde et du Poisson-scorpion, il trouve dans le voyage une invitation à l’allègement, une initiation à la transparence et à l’effacement de soi. Véritable chasseur d’images, il travaille également comme iconographe pour divers revues et journaux. Nicolas Bouvier s’est éteint en 1998 à Genève.

Le dehors et le dedans (2022, domaine français)

Le dehors et le dedans

Trébizonde, Kyoto, Ceylan, New York, Genève : Nicolas Bouvier n’a cessé d’écrire de la poésie, dans ses années de grands voyages comme dans ses périodes plus sédentaires. "[Elle] m’est plus nécessaire que la prose, expliquait-il, parce qu’elle est extrêmement directe, brutale – c’est du full-contact !" Pourtant, il ne fit paraître qu’un unique recueil de poèmes, Le dehors et le dedans.

Composé de quarante-quatre textes écrits entre 1953 (le départ en voyage avec Thierry Vernet) et 1997 (quatre mois avant sa mort), ce recueil est paru pour la première fois en 1982, puis complété à quatre reprises et autant d’éditions. Bouvier s’y met à nu : de tous ses livres, "c’est l’ouvrage qui propose la plus ample et la plus intime traversée de son existence" (Ingrid Thobois).

La Guerre à huit ans

Voici trois textes réunis autour d’un sujet rarement traité par Bouvier : son enfance. Dans le récit central éponyme, l’écrivain raconte les étés passés dans la propriété des grands-parents maternels et comment, petit garçon de huit ans, il triompha de l’« une des figures les plus détestées » de son enfance : Bertha, la gouvernante prussienne tyrannique.

Préface de Sylviane Dupuis

Le Courrier, la courroie, ta bonne lettre

«Il y a bien à faire ici : la Topo, le Kudelski dont les amplis sont foutus. Une conférence à l’Alliance française : autrement rien ne m’y retient. Dès que possible, je fonce (manière de parler) vers Madras et ensuite votre île. La Topo arrivera à Colombo, même si on ne lui refait pas un moteur neuf ici.» (Nicolas Bouvier, Bombay, 9 janvier 1955)

«Le boulot va bien, ça s’ensoleille. Je me réjouis comme un timbré de voir le tien. Je fais le projet d’aller te trouver au haut de l’île et qu’on la descende ensemble.» (Thierry Vernet, Galle, 13 janvier 1955) 

Les lettres de ce petit volume sont extraites de la Correspondance des routes croisées. Elles couvrent la période de l’Afghanistan à Ceylan, octobre 1954 à mars 1955, où les deux amis ont suivi chacun un chemin différent après leur séparation à Kaboul. Nicolas Bouvier et Thierry Vernet s’écrivent beaucoup, commencent à évoquer «le livre du monde», racontent les lieux qu’ils découvrent, leur travail et leurs rencontres, sur le ton d’une immense liberté et d’une grande tendresse.

Ce chapitre de leur correspondance, écrit immédiatement après le grand voyage, éclaire intensément l’esprit dans lequel L’Usage du monde a été conçu.

Tous les coqs du matin chantaient (2013, domaine français)

Tous les coqs du matin chantaient

 

Ce petit livre reproduit une œuvre presque inconnue : les trois premiers textes personnels de Nicolas Bouvier et douze gravures de Thierry Vernet, publiés en 1951 dans un portfolio à tirage limité.  Les deux amis allaient le faire connaître à ceux qui croyaient en leur création et qui étaient prêts à les soutenir dans leur projet : le grand voyage vers l’Orient.

C’est le point de départ de L’Usage du monde, le sceau d’une amitié infaillible.

Correspondance des routes croisées (CD)

La Correspondance des routes croisées témoigne de l'aventure d'une amitié indéfectible entre deux créateurs, Nicolas Bouvier écrivain, Thierry Vernet peintre, qui se sont soutenus dès leur rencontre au Collège de Genève. Ils ont cherché à expérimenter une "vie incandescente" où ils connaîtraient le monde par les voyages, les lectures, les films, la musique.

Ces lettres éclairent l'oeuvre de Nicolas Bouvier et permettent de mieux comprendre son écriture. Elles font aussi découvrir les talents et l'esprit infatigable de Thierry Vernet.

Correspondance des routes croisées (2010, domaine français)

Correspondance des routes croisées

« La vie est tellement incandescente. Ici comme là-bas. Vieux frère je te lance un grand pont. » Ces propos de Vernet à Bouvier du 17 août 1955 traduisent l’intensité d’une relation faite de passion et de fraternité. Depuis l’âge du collège, Nicolas Bouvier (1929-1998) et Thierry Vernet (1927-1993) ont rêvé ensemble d’accords majeurs avec le monde, par le voyage et par la création. L’un devient écrivain, l’autre peintre : en mots et en images, ils diront ce que l’on ne peut connaître qu’une fois.

De Cologny à Paris, de Kaboul à Colombo, de Tokyo à Genève, leur correspondance est un fil tendu entre deux vies mises en commun. Nourrie de l’expérience de la route, elle exprime aussi la beauté d’une aventure humaine, celle d’une amitié sans réserve.

La Correspondance des routes croisées réunit les lettres échangées par Nicolas Bouvier et Thierry Vernet jusqu’à la parution, chez Julliard en 1964, de l’édition française de L’Usage du monde, le récit de leur traversée de l’Asie.

 

Extraits disponibles en livre de poche : http://editionszoe.ch/livre/le-courrier-la-courroie-ta-bonne-lettre

L'Oreille du voyageur (2008, domaine français)

L'Oreille du voyageur

 

Pour Nicolas Bouvier, la musique est souveraine, et elle est la dernière marche avant le silence.

Ce livre explore l’univers musical tel que l’a parcouru le voyageur, l’oreille dressée, de trois façons qui s’entremêlent, avec un accent particulier sur le Japon.

Musicologues et critiques littéraires présentent les diverses facettes des musiques – classiques, traditionnelles ou populaires – que Nicolas Bouvier a enregistrées et aimées.

Les musiciens et les instruments de musique ont fasciné le photographe passionné de l’instant que fut Bouvier. Ses photographies évoquent avec intensité le rapport intime et concentré – mains et visages – de la musique en train de se faire et de se donner.

De courts textes de Nicolas Bouvier, relevés dans ses carnets de route ailleurs ou ici, permettent de saisir des moments de grâce que la musique tient ensemble et que les mots et les images de l’écrivain éclairent.

Faire et vivre de la musique, en mourir, tel fut le rêve de Nicolas Bouvier qu’il nous a laissé en partage.

Un CD accompagne le livre, qui reproduit deux entretiens sur la musique réalisés par la Radio Suisse Romande avec Nicolas Bouvier.

Les Leçons de la rivière (2006, domaine français)

Les Leçons de la rivière

Je mets la main en casquette pour regarder la vallée. le soleil relève son relief par quelques pointes de feu qui percent le coton des nuages. Elle fume comme un torchon bouillant sorti de la marmite. C'est une sorte de Chine. Pas n'importe laquelle: la Chine de la peinture Song avec ces mêmes pitons qui montent couverts d'une mousse de pins ou de châtaigniers jusqu'à la limite où le brouillard les sépare du ciel.

DVD: 22 Hospital Street (2006, domaine français)

DVD: 22 Hospital Street

 

Au terme d'un voyage de deux ans à travers les Balkans,la Turquie, l'Iran et la moitié de l'Asie, l'écrivain et photographe genevois Nicolas Bouvier arrive en 1955 dans une petite localité située à l'extrémité sud du Sri Lanka. La chance qui l'a accompagné jusque-là l'abandonne. Dans cette ville fantôme qui semble n'être peuplée que de démons, de tambours et d'insectes, le jeune homme de 26 ans est confronté à une immobilité telle qu'il ne l'avait jamais connue à ce jour. Pendant neuf mois, il est forcé de constater que son voyage est au point mort, sans savoir pourquoi. Durant ce séjour, il se passe en lui quelque chose qui va bouleverser le cours de son existence.

Le film entreprend de partir sur les traces de Bouvier et de découvrir ce qui lui est arrivé à l'époque sur l'Ile du Sourire. Peu à peu, on comprend que ce mystérieux séjour au Sri Lanka a été décisif pour la suite du parcours de l’écrivain et qu'il est le point de départ et la pierre angulaire de sa conception du voyage en tant que leçon d'humilité. 

Charles-Albert Cingria en roue libre (2005, domaine français)

Charles-Albert Cingria en roue libre

 

Nicolas Bouvier  (1929-1998), voyageur ouvert au monde entier et aux langues inconnues grâce à son oreille musicienne, n’a pas croisé Charles-Albert Cingria (1883-1954) sur les routes et les chemins, autour de Genève, de Paris ou de Rome, ni n’a fait halte dans les mêmes bibliothèques à la recherche des mêmes manuscrits. Mais il a lu ses chroniques, ses proses, ses récits fantastiques ou fantasmagoriques, ses traductions des maîtres anciens, entrant ainsi en dialogue avec lui, cherchant les raisons de ces instants magiques où le monde dévoile son secret, son sens lumineux, sa beauté légère.

Ce qui intéresse Nicolas Bouvier lisant Cingria, homme au charisme épique, c’est la manière d’écrire le voyage, l’art de circuler et d’aller et venir tout en observant le proche et le familier comme s’il était neuf et inconnu.

«Un mètre carré, et l’univers», c’est la formule de Cingria  pour déambuler, s’étonner, vivre, méditer, écrire.

 

Le titre de ce livre, choisi par Nicolas Bouvier,  souligne le rapport très libre qu’il entretient  avec Cingria : lâcher prise et rouler  sans entrave.

 

Entretiens avec et autour de Nicolas Bouvier (2CD): Le Vent des routes

 

Quelques mois après la disparition de Nicolas Bouvier, en 1998, ses amis, comme pour se consoler de son absence, se sont réunis à l’occasion d’une exposition au Musée d’ethnologie de Conches à Genève, «Le Vent des routes». Conçue comme un hommage aux multiples talents de Bouvier, l’exposition suivait les sentiers de sa vie: voyageur, écrivain, photographe et iconographe. La Radio suisse romande Espace 2 s’est jointe à la manifestation par une série d’émissions qu’elle propose aujourd’hui sous forme d’un double CD.

Plusieurs témoins évoquent l’homme et son œuvre : Jean Starobinski, Charles-Henri Favrod, Kenneth White, Jean-Marc Lovay, Jacques Lacarrière, l’ethnologue Jacques Meunier, les photographes Jean Mohr et Luc Chessex, ainsi qu’Olivier Bauer qui réalisa un film sur Nicolas Bouvier dans la série TV « Un siècle d’écrivains ».

L’émission nous touche par la chaleur et l’enthousiasme des témoins qui révèlent les aspects de sa personnalité. Le voyage : une allégorie de l’existence, une ascèse, un dépouillement de soi. L’écriture : l’expérience se décante jusqu’au dépouillement pour livrer l’essentiel. La photographie : saisir l’éphémère, mais aussi l’utiliser comme une manière de prendre des notes.  L’iconographie : l’abandon de son ego, au service des autres.

L’émission laisse largement la parole à Nicolas Bouvier commentant les musiques qu’il enregistra lui-même, évoquant des rencontres et des expériences fortes et parfois douloureuses dans les îles d’Aran, de Ceylan ou au Japon, ou encore lisant ses propres textes et surtout ses poèmes.

En quittant Bouvier et ses témoins, le désir nous prend de refaire le chemin, de mettre nos pas dans les siens…

 

Durée des CD :  CD 1  70’      CD 2 64’

Livret : Texte d’Isabelle Rüf. Poèmes lus au micro par Nicolas Bouvier, choisis dans Le Dehors et le Dedans. Dessins et photos.

Bleu immortel. Voyages en Afghanistan (2003, domaine français)

Bleu immortel. Voyages en Afghanistan

En 1939, Annemarie Schwarzenbach et Ella Maillart arrivèrent en Afghanistan après avoir traversé, en voiture, les Balkans, la Turquie et l'Iran. Un goût commun pour les pays lointains avait rapproché la photographe journaliste et l'exploratrice écrivain. De ce voyage elles rapportèrent leurs impressions, transcrites en textes et en photographies. Près de quinze ans plus tard, Nicolas Bouvier suivait leur route jusqu'en Afghanistan, via le Bélouchistan et Kandahar, avant de poursuivre vers le Japon en passant par l'Inde et Ceylan. C'est la première fois qu'un livre réunit les écrits et les photos de ces trois écrivains voyageurs, suisses et célèbres. Leurs regards sur l'Afghanistan, à la fin des années 30 et au début des années 50, sont précieux aujourd'hui où l'on tend à ne plus voir, de ce pays, que l'époque des talibans. Et leurs textes sur le goût du voyage en disent plus sur leurs ressemblances que sur leurs différences: ils sont habités par une géographie de l'infini.

Le Hibou et la baleine (2003, Minizoé)

Le Hibou et la baleine

Dans ce petit livre sont réunis de façon brève et fulgurante tous les thèmes chers à Nicolas Bouvier : du bestiaire fabuleux aux axes du monde et au « point de non-retour », de la figure du corps sidéral et du corps écorché à la volonté constante d’apprivoiser et de conjurer la mort.

Ce parcours contient dix haltes et accompagne le film magnifique de Patricia Plattner, Le Hibou et la Baleine.

Postface d’Anne Marie Jaton

 

DVD: Le Hibou et la baleine (2003, domaine français)

DVD: Le Hibou et la baleine

Histoires d'une image (2001, domaine français)

Histoires d'une image

Nicolas Bouvier, l'oeil alerte. La curiosité à vif, l'esprit gourmand, s'arrête sur une image qu'il redécouvre avec surprise. Il la sort du dossier où elle dormait, la regarde, l'écoute, la déplie, la lit, comme le pêcheur la rivière pour savoir où et comment y vit le poisson. Une histoire alors prend forme et vie, s'inscrivant à nouveau dans le cours du temps.

Bouvier, chercheur d'images et mémorialiste du cosmos, a composé ainsi, au cours des années de sa collaboration au Temps stratégique, une suite souple et libre de textes sur images, aux harmonique variées et fines, érudites et sensuelles, drôles et critiques.

L'image est le point de départ et le point d'arrivée : entre deux les mille formes du voyage, mais brèves et ramassées : récit d'aventures intérieures et extérieures, découvertes et mystères, dialogues entre les époques et les siècles, les lieux, les mondes et le sphères, le nord, l'est et l'ouest, les hommes et les femmes - avec une préférence nette pour les enfants et les animaux qui sont fidèles et fiables, d'où l'importance immémoriale des ânes -, les hommes célèbres ou non, les écrivains, les musiciens, les cartographes et les calligraphes, les astrologues et les observateurs de tous les règnes.

Le monde est riche, puisque polyphonique:
Bouvier vous l'offre, car, pour lui, tout est affaire de mémoire.

Ouvrage disponible en poche : http://editionszoe.ch/livre/histoires-d-une-image-1

La Guerre à huit ans et autres textes

Les trois textes réunis ici ouvrent une porte sur un sujet rarement traité par Nicolas Bouvier : son enfance. Dans le principal, il raconte, avec cette prose savoureuse qui lui est propre, les étés passés dans la propriété des grands-parents maternels et comment, petit garçon de huit ans, il triompha de l'"une des figures les plus détestées" de son enfance : Bertha, la bonne prusienne.

Disponible en Zoé poche ici : http://editionszoe.ch/livre/la-guerre-a-huit-ans-1

L'Art populaire en suisse (1999, domaine français)

L'Art populaire en suisse

Dans la vapeur blanche du soleil (1999, domaine français)

Dans la vapeur blanche du soleil

Pour la première fois une sélection de photographies de Nicolas Bouvier est rassemblée en un livre. Images essentielles qui font résonner les mots. Ici, le rapport entre poésie et photographie s’instaure et restaure un dialogue entre deux modes d’expression auxquels Nicolas Bouvier tenait particulièrement. Les images nous entraînent sur les routes de Yougoslavie, de Macédoine, de Turquie, d’Iran et d’Afghanistan, puis du Pakistan et à travers l’Inde pour s’arrêter à Ceylan. On croit le voyage fini, pas du tout. Nicolas Bouvier infatigable reprend son sac et nous emmène au Japon. A ses yeux, ce n’est qu’au pays du soleil levant que débute sa carrière de photographe. Il gagnera son billet de retour avec son appareil photo. Nous sommes en 1955, le voyage aura duré plus de quatre ans. Au retour, il range les négatifs dans une boite métallique remplie de grains de riz. Il n’exposera régulièrement que ses photographies du Japon.

 

En 1996, Nicolas Bouvier effectue une grande partie du choix des images pour l’exposition « le vent des routes » qui lui est consacrée. Il sort d’un cartable poussiéreux les tirages originaux effectués au retour du voyage plus tard raconté dans l’usage du monde. Merveilles. Ce sont ces photographies que nous présentons ici ainsi qu’une sélection d’images en couleur prises au cours des vingt dernières années.

Poussières et musiques du monde (1998, domaine français)

Poussières et musiques du monde

Les Chemins du Halla San (1994, Minizoé)

Les Chemins du Halla San

Nicolas Bouvier figure parmi les maîtres contemporains du récit de voyage. Dans son œuvre, Les Chemins du Halla San apparaît comme un texte exemplaire. Publié dans le Journal d’Aran et d’autres lieux, il raconte l’ascension d’un volcan, le Halla San, sur l’île coréenne de Chedju. Mais l’aventure de cette longue randonnée dépasse largement l’expérience personnelle. La Corée, les vicissitudes de son histoire, sa culture, nous sont restituées dans ce qu’elles ont de plus vivant.

Postface de Daniel Maggetti.

Le Hibou et la baleine (1993, domaine français)

Le Hibou et la baleine

 

"Le hibou et la baleine sont pour moi des amis tutélaires qui remontent à l'Arche de Noé. Vous me direz que la baleine n'était pas dans l'Arche, c'est vrai; elle batifolait autour avec cette anxiété maternelle des mammifères marins qui depuis toujours nous portent et témoignent une affection à laquelle nous ne comprenons goutte parce que nous sommes si cons. Quant au hibou, toujours perché sur la barre du gouvernail, son hululement faisait office de sirène et signalait les sommets à fleur d'eau ou les grosses souches à la dérive. Quatre mille ans ont bien pu passer, jamais aujourd'hui je n'entends son cri sans nostalgie et gratitude."

 

NICOLAS BOUVIER a toujours souhaité éditer un album de textes et d'illustrations, comme un livre d'enfant, où il ferait découvrir les images qui l'ont accompagné dans son oeuvre. Le voici. Il révèle avec humour son besoin de totems, aussi fort que celui d'un chasseur magdalénien, et sa longue activité d'iconographe.

 

PATRICIA PLATTNER a réalisé un film sur Nicolas Bouvier, sous le même titre.

Coffret contenant le livre et la copie vidéo du film Nicolas Bouvier, Le Hibou et la baleine

"Le hibou et la baleine sont pour moi des amis tutélaires qui remontent à l'Arche de Noé. Vous me direz que la baleine n'était pas dans l'Arche, c'est vrai; elle batifolait autour avec cette anxiété maternelle des mammifères marins qui depuis toujours nous portent et témoignent une affection à laquelle nous ne comprenons goutte parce que nous sommes si cons. Quant au hibou, toujours perché sur la barre du gouvernail, son hululement faisait office de sirène et signalait les sommets à fleur d'eau ou les grosses souches à la dérive. Quatre mille ans ont bien pu passer, jamais aujourd'hui je n'entends son cri sans nostalgie et gratitude."

 

NICOLAS BOUVIER a toujours souhaité éditer un album de textes et d'illustrations, comme un livre d'enfant, où il ferait découvrir les images qui l'ont accompagné dans son oeuvre. Le voici. Il révèle avec humour son besoin de totems, aussi fort que celui d'un chasseur magdalénien, et sa longue activité d'iconographe.

Histoires d'une image: extrait

Il y a blé et « blé »

 

Sur la montée d’Épalinges, j’aperçus ce per- sonnage, sorti tout droit d’une bande dessi- née, dont le pouce indiquait sans trop d’espoir la direction de Berne. C’était dans les années 70, une époque assez bousculée et heureuse de ma vie, où j’écumais les petits musées régionaux suisses (il y en a des cen- taines), que de l’autre côté de la Sarine ou au-delà de Sierre on appelle Heimatmuseen. Ce jour de pluie froide et fine, j’allais – après nombre d’échanges de lettres – photogra- phier des marques de sacs de blé (XVIIe- XVIIIe), au musée du château de Burgdorf qui dépend de la bourgeoisie et dont seul l’insti- tuteur possède la clé. Ces marques de sacs, dont beaucoup reflètent des influences bizarrement rosicruciennes ou maçonniques m’intéressaient pour leur beauté graphique mais aussi parce qu’elles étaient l’indice d’une étonnante aisance rurale qu’on trouve dans quelques régions privilégiées de Suisse, où les toits des fermes sont aussi vastes que des minigolfs, dont les fenêtres sont faites – un luxe – de culots de verre plombés, et dont Jeremias Gotthelf pouvait écrire (je cite de mémoire) : « bien des hobereaux polonais échangeraient volontiers leurs manoirs et leurs douves puantes contre une de ces fermes opulentes dont les fenêtres étincel- lent dans le soir». J’avais cent kilos de maté- riel de prise de vue dans mon coffre et sur mon siège arrière. La place du passager était toujours libre et je ne compte pas le nombre d’auto-stoppeurs qui l’ont occupée.

Celui saisi ce matin-là du coin de l’œil sur la montée d’Épalinges avait de quoi inspirer quelques réserves. Bottes texanes, jeans éli- més, une ceinture cloutée large comme la main où était accroché un de ces pukko fin- nois, couteau à lame lourde et tranchante qui vous sectionne un pouce avant que vous ayez pu dire « papet ». Deux balafres symé- triques barraient ses joues, ses cheveux roux et courts frisottaient comme le front d’un taureau. Posé à ses pieds, un sac de cuir épais bien sanglé et ciré donnait une touche de chic inattendu à cette inquiétante figure d’escarpe que je dépassai sans m’arrêter.

Trente mètres plus loin, voyant la pluie fouetter mon pare-brise, j’eus honte de moi, je fis machine arrière et le pris à mon bord. Il s’assit sans mot dire, installa son Rucksack entre ses jambes. La voiture s’emplit aussitôt d’une puissante odeur d’étable, bonne, saine, sans équivoque, celle d’une étable bien tenue. Je regardai mon passager à la dérobée. Il était rasé de frais, les ongles nets, les cicatrices avaient plutôt l’allure de scarifi- cations rituelles que de blessures reçues dans une mauvaise bagarre au couteau. Le jean mouillé qui dégageait cette véhémente odeur de fumier était parfaitement propre. Voyant mon examen terminé, il me dit avec un demi-sourire: «C’est mon pantalon de berger, j’ai beau le passer à la machine, l’odeur ne s’en va plus. »

Après quelques minutes de silence respectif et absolu qui sont une marque de déférence, les auto-stoppeurs se racontent volontiers parce qu’ils savent qu’ils ne vous reverront jamais. Dans la descente de Moudon (c’était encore l’ancienne route) j’appris qu’il était de mère provençale et d’un père de l’ethnie Foulbé qui s’était établi boulanger à Mar- seille. L’affaire marchait bien. Huit mois par an il travaillait avec son père puis, quand l’odeur de babeurre des brioches et crois- sants lui levait le cœur, il partait voir l’Eu- rope avec ses économies, laissant une large part aux rencontres, hasards et dérives de la route.

L’année précédente, montant vers la Scandi- navie, il était tombé par chance en plein carnaval de Soleure. La nuit tombait et l’am- biance, à la fois conviviale et mystérieuse, de ces pénitents vêtus de blanc dans un hourvari général l’avait séduit. On dansait sur toutes les places, mais le masque (à quelques sous, en papier mâché, fixé par un élastique) était de rigueur. Pas question de tenter sa chance à visage découvert. Il avait dansé une partie de la nuit avec une étudiante en Beaux-Arts venue de Berne, qui lui avait dit : « Je te ramène jusqu’à ma porte, là, on enlève nos masques, si on se déplaît tu disparais sans faire d’histoires.» Il était resté. Le lendemain matin il avait encore la paupière lourde qu’elle lui avait déjà trouvé, dans un journal agricole cousin du Sillon romand, une place de vacher dans un alpage du haut Jura bernois. Il s’était entendu aussi bien avec son patron paysan qu’avec son étudiante bernoise et avait été réengagé pour cette année. Après tout, les Foulbé ont aussi été éleveurs ! Il était donc en route vers son troupeau avec un détour obligé par Berne, pour revoir sa copine et mentor culturel qui lui avait ordonné de visiter avec elle la première grande exposition Klee (Kunsthalle, 1975).

Passé Morat, ce fut son tour de poser des questions. Qu’est-ce que j’allais bricoler aussi loin, par un jour de pluie, avec tout ce maté- riel? Prises de vue dans un musée privé, Schlossmuseum Burgdorf, assez jaloux de ses prérogatives et superbes collections. Il avait tout son temps et m’offrit de m’accompa- gner pour me donner un coup de main que j’aurais accepté de bon cœur. Pour mes hôtes du Schloss Burgdorf, la visite d’un photo- graphe genevois relevait déjà de l’ethnogra- phie. Si je me présentais en plus avec un assistant aussi exotique, je n’en franchirais jamais le seuil. Autant me planter tout de suite un os en travers du nez. L’accueil aurait été plus que circonspect. Je le lui expliquai avec ménagement, ce qui était superflu: il avait bien assez roulé sa bosse et était assez fin pour jauger cette situation sans en prendre ombrage. Il insista en revanche pour m’inviter à déjeuner à Berne. Je n’avais pas le temps, la pluie m’avait mis en retard. Je lui dis que si je l’avais eu, c’était lui qui aurait été mon hôte.

—J’ai cinq mille francs suisses dans mon sac et ça m’aurait vraiment fait plaisir.

—Alors ne les perdez pas de vue une minute, on vole surtout dans les pays riches. —Ne vous en faites pas pour moi, me dit-il en prenant congé, j’ai appris à être très pru- dent. Je ne monte pas dans n’importe quelle voiture.

Ce compliment me prit un peu de court, mais il arrive que, pour notre gouverne, tout soudain, le monde se mette à l’envers.

J’étais à l’heure pile au château de Burgdorf. Le conservateur arriva en retard, vêtu de noir, sous un parapluie noir, sortant d’un enterrement. Mon absence de cravate le gêna d’autant moins qu’il était pressé d’enle- ver la sienne, son col amidonné et son uni- forme de croque-mort. Une fois en blouse grise, il me remit un trousseau de clés qui pesait une bonne livre, allait pratiquement du pont-levis à la plus petite vitrine, et m’in- diqua la cachette où remettre toute cette fer- raille, une fois mon travail terminé. Puis il me laissa dans ces donjons et ces salles obs- cures brancher et promener mes projecteurs de merveille en merveille, lettres d’amour calligraphiées, psautiers de baptême, instru- ments aratoires signés, ciselés, devisés, armo- riés. Quant aux marques de sacs dont l’iconographie allait de la licorne au volcan, du zodiaque à la tête de mort (contre les rats?), de Vulcain à Till Eulenspiegel, ils ne m’ont pas vraiment déçu. Toute la folie qu’engendre notre « claustrophobia alpina » se retrouvait dans cette imagerie. La pluie battait les toits et les fenêtres à meneaux. Seul dans cette caverne d’Ali Baba, avec la perspective du retour nocturne, fatigué au point de n’avoir plus d’âge, je revoyais le film de la journée et me redisais pour la centième fois avec Éluard que «s’il est un autre monde, il est dans celui-ci ».