parution avril 2017
ISBN 978-2-88927-379-9
nb de pages 240
format du livre 140x210 mm

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Jérémie Gindre

Pas d'éclairs sans tonnerre

résumé

Enfant − puis adolescent – dans les Prairies, Donald est un garçon obstiné qui veut comprendre d’où il vient. Poussé par un instinct archéologique, il n’aura de cesse d’explorer le territoire environnant, à la recherche du pourquoi des choses. Gravures rupestres, cimetière de bisons ou rituel sur une montagne sacrée, les découvertes du jeune homme donnent vie au passé des grands espaces de l’Ouest canadien.

Jérémie Gindre réinvente ici le nature writing avec un style fort et drôle, donnant à ressentir autant qu’à comprendre l’univers de Donald.

biographie

Né à Genève en 1978, Jérémie Gindre est un artiste et écrivain suisse qui a décidé de ne pas choisir entre arts plastiques et littérature. Sa pratique comprend l’écriture comme le dessin ou l’installation, et explore ici des thèmes aussi variés que la formation des orages, les techniques de chasse préhistorique ou le folklore western. Il a notamment publié On a eu du mal aux éditions de L'Olivier en 2013, Pas d'éclairs sans tonnerre (Zoé, 2017) et Trois réputations (Zoé, 2020).

Truc culte - RTS

« La prédominance du paysage et l’ascendance du paysage sur mes personnages est quelque chose de récurrent dans mon œuvre. Mes personnages sont souvent des formes de coquilles vides (…) et j’imprègne leur psychologie du paysage et des endroits où ils sont. » Jérémie Gindre

Un podcast de la RTS à retrouver ici

Le Matin Dimanche

"[Jérémie Gindre] enchante par la maturité de l'écriture, à la fois clinique et puissamment suggestive. "Pas d'éclairs sans tonnerre" est un roman de plein air, de prairies et de rivières, sous le ciel de la Saskatchewan (...)" Michel Audétat

La Côte / L'Express

"Trois bonnes raisons de lire Jérémie Gindre:

L'enfance Jérémie Gindre a une façon de parler de l'enfance très convaincante, qui nous rappelle ses mystères.

L'archéologie Quels secrets, quels ossements merveilleux se cachent dans l'Ouest du Canada?

L'aventure Sans le vouloir, Jérémie Gindre a écrit un roman d'action, où se côtoient expéditions en canoë et panique devant une tornade." Laurence de Coulon

La Liberté

"...une histoire où, dans la tradition du Nature Writing à l'américaine, l'environnement est un réseau de signes à déchiffrer, une interrogation à approfondir. (...) Une œuvre intime, personnelle (...). Le plan est large, embrassant le paysage à la des cavalcades du western Little Big Man, comme si la nature était un spectacle mystérieux où chaque phénomène météorologique serait porteur de sens, marqueur d'une psychologie. (...)" Thierry Raboud

Libération

"... Un beau roman de nature writing. La tension dramatique émane non des êtres, mais de l'espace. (...)" Virginie Bloch-Lainé

Le Courrier

"...De façon assez surprenante, l'auteur remet en jeu le point de vue classique du récit: il ne s'agit pas tant de relater le monde intérieurde son personnage que, à travers sa fascination pour les empreintes laissées par le passé, d'explorer le paysage dans lequel il évolue. La stratégie narrative ainsi renversée, Jérémie Gindre livre un roman d'observation (...) un désinvestissement narratif au profit de l'instauration d'une atmosphère. Une approche conceptuelle du sujet, qui propose de laisser infuser un récit dans un dispositif préétabli. La pratique est courante en art. Transposée à la littérature, la recette est inhabituelle, mais elle finit par prendre. (...)" Elisabeth Jobin

Le Figaro

"C'est un territoire qui n'a conservé des Amérindiens que son nom: le Saskatchewan. A le prononcer, on imagine le galop des Indiens dans la prairie, la fumée repérée au loin et les déplacements furtifs dans les sous-bois. Las! dans cette province canadienne coincée entre l'Alberta et le Manitoba, il ne reste des Indiens que des pétrogylphes et quelques pierres abandonnées dont il faut savoir deviner l'origine. Si l'on sait observer. L'observation justement est l'un des passe-temps favoris de Donald, un adolescent d'une douzaine d'années, qui vit dans une ferme de la vallée de la Frenchman. Le jour où son père lui fait don d'une pointe de flèche amérindienne, un nouveau monde s'ouvre à lui. (...) Comme son héros, l'auteur déploie une certaine méticulosité pour décrire le paysage mouvant des prairies canadiennes, les phénomènes climatiques ou la mise à jour d'un fossile. Les termes sont précis, les mots sont pesés mais cela n'exclut pas une certaine poésie qui confère à ce roman initiatique un charme singulier." Françoise Dargent

Le Temps

"Une idée du Saskatchewan, puis une autre, puis un type de paysage et un autre, un ciel bleu, tempétueux, orageux, des pétroglyphes, des rivières, des champs de blé, des ranchs, des chapeaux de cow-boys, des bisons, des Indiens, un arc, des flèches, un carquois, toute une panoplie à la Davy Crockett. La fiction ici, est aussi un décor rêvé, un déguisement, un jeu, un bonheur à la fois factice et très profond pour le jeune héros de papier, pour l’écrivain, pour le lecteur, tous lancés à la découverte d’un monde." Eléonore Sulser

Ouest France

"À lire comme on remonte un canyon, le regard perdu au loin, là où se forment les grands orages stratosphériques qui punissent les enfants trop curieux..." Daniel Morvan

La Tribune de Genève

"C'est l'œuvre d'un Genevois que l'on croirait né aux confins des provinces canadiennes de l'Alberta et du Manitoba. Ce qu'il décrit de la vie de Donald, enfant original et attanchant, jeune garçon passionné par les découvertes archéologiques, nous plonge dans une Amérique ignorée qu'il nous rend familière. Sa façon d'accumuler les détails évocateurs sans jamais alourdir la description est admirable. 235 pages instructives sur le plan géographique et historique, garantes d'une évasion bienfaisante." B.CH.

Livres Hebdo

"[Jérémie] Gindre se révèle un extraordinaire paysagiste." S.J.R.

Le Boulevard

"Donald a douze ans, il vit dans le Saskatchewan, au coeur de l’immensité des prairies canadiennes. Il s’ennuie à l’école, n’a que peu d’échanges avec ses parents, mais heureuse- ment il y a ses grands-parents qui vivent à quelques kilomètres de là. Avec leur complicité, il va s’adonner à ce qui va s’avérer être une obsession: partir à la recherche du moindre signe de la présence des Indiens qui vivaient là bien avant lui.

Dans ce roman initiatique autant que naturaliste, nous suivons Donald à la trace dans ses pérégrinations existentielles et nous regardons, ébahis, cette nature toute puissante."

Co Libris

"Une écriture recherchée et pleine de douceur qui nous fait voyager pour notre plus grand plaisir. Laissez-vous porter !"

Sandrine

http://librairie-colibris.com/blog/pas-declairs-sans-tonnerre/

Carnet à Spirales

La critique du Carnet à spirales

Ce roman est étonnant, intelligemment différent, en retenue mais puissant à la fois. (...) Un charme, une poésie, un je-ne-sais-quoi, qui donne à ce roman l'éclair que, lecteur, je cherche."

http://www.librairie-lecarnetaspirales.fr

 

Le Divan

Votre libraire vous conseille

"C'est parti pour la Saskatchewan, ce nom est déjà un voyage. Ce beau roman au charme discret mais persistant vous fera découvrir les paysages de l'Ouest canadien sur les traces des "Premières Nations"."

Valérie

Trois réputations

Que ce soit dans les Alpes du Sud, sur une île perdue des Caraïbes ou dans le désert de Mojave, la nature ici est puissante, aussi belle que vénéneuse. Une sœur caractérielle, un ombrageux Hollandais, un chercheur d’or lunatique : chacun y laissera sa marque avant de rencontrer la fatalité. Les trois ont le charme de l’impulsif, du solitaire et de l’obstiné, et ceux qui racontent leur histoire ne mâchent pas leurs mots. Voici trois novellas, trois destins en miroir, aux refrains qui se répondent et dont les motifs passent d’une aventure à l’autre comme des oiseaux migrateurs.

Pas d'éclairs sans tonnerre: extrait

1

« On vous écoute Rachel.

— Merci. Eh bien je pense que la province des Prairies qui offre la meilleure sensation de plat, c’est la Saskatchewan.

— Ce n’est pas sur cette antenne qu’on va vous contredire !

— Parce qu’en Alberta, les montagnes ne sont jamais bien loin, vous savez? Je veux dire, même quand vous ne les voyez pas, vous pouvez sentir qu’elles sont là. Ça se devine rien qu’aux nuages. Un ciel comme dans la Saskatchewan, c’est unique.

— La preuve : c’est marqué sur nos plaques ! Land of the Living Skies.

— Exact. Et l’Alberta est aussi trop développée. Il y a toujours une ville, un magasin quelque part, des poteaux électriques, des puits de pétrole. Quant au Manitoba, ça me gêne un peu de le dire parce que j’y ai grandi, et que j’ai encore beaucoup de famille là-bas : ma sœur que j’adore, des cousins, mon oncle et ma tante...

— On les salue, je suis sûr qu’ils ne le prendront pas trop mal.

— Je veux dire, le Manitoba, eh bien je suis désolée, mais il manque quelque chose. Peut-être l’esprit de l’ouest. C’est trop cultivé, trop monotone. L’agriculture extensive a rendu le Manitoba plus plat que plat.

— Ça c’est une accusation sérieuse, Rachel.

— c’est vrai !

— Pourtant c’est nous, “la corbeille à pain du Canada”.

— Bien sûr, bien sûr. Mais dans le Manitoba la platitude a quelque chose de, disons, d’artificiel. Ici l’horizon reste en nuances. L’infini a gardé tout son charme. C’est ça que j’explique aux gens qui me disent que la Saskatchewan est ennuyeuse, qu’ils se sentent oppressés par ce vide. Moi je dis que ces gens-là ne savent pas regarder. Le vide c’est un privilège, parce que quand les... »

« Bon ça va, on a compris », marmonna l’homme en éteignant l’autoradio. Il traversait depuis plus d’une heure les étendues du sud-ouest de la province, aussi majestueusement plates que le décrivait l’auditrice, et son avis à lui était que ce panorama rallongeait les kilomètres. Il n’était pas de très bonne humeur. Sur le siège passager reposait un sac en papier contenant son déjeuner : un sandwich au rôti de porc, oignons et œufs, dont les relents lui parvenaient de temps en temps. Maintenant que la radio avait ni de le distraire, il devait faire un effort pour se retenir de le manger. Heureusement, un signe évident lui annonça qu’il approchait du but. La route cessa d’aller tout droit. Elle tourna puis s’inclina pour plonger dans un paysage raviné, où les ombres dessinaient enfin le relief et où la lumière était moins crue. Des arbres verdissaient les combes et le vent soufflait moins fort. Encaissée dans cet interminable plateau, la vallée de la Frenchman avait tout d’une oasis.

L’homme était un employé de la société d’irrigation de la Saskatchewan. Sa mission du matin était le contrôle du niveau et de la qualité de l’eau du réservoir d’Eastend. Il devait aussi inspecter l’état de la digue et les vannes, pour s’assurer que les crues du printemps n’avaient rien endommagé. Le petit lac était situé à quelques kilomètres à l’ouest de cette commune rurale, le long d’une route gravillonnée. L’homme gara son pickup à proximité des installations du barrage. À peine sorti, il remarqua un enfant qui faisait du canoë, et qui s’approchait dangereusement du déversoir.

« Hé! Hé, qu’est-ce que tu fais là ? C’est dangereux. Sors de là tout de suite ! »

L’enfant obéit et regagna le bord, à l’endroit où il comptait de toute manière débarquer. Il devait avoir dix, onze ans. Il était costaud et son visage avait un air buté.

« C’est bon, je n’ai pas besoin d’aide.

— Non mais ça va pas ? C’est interdit de faire du canoë ici, c’est pas un endroit pour jouer.

— Je ne joue pas.

— Ah ouais?

— Je vais à l’école. »

L’homme n’avait pas l’intention de se laisser mener par le bout du nez. Il saisit le canoë et le tira sans ménagement sur le terre-plein, jusqu’au pickup. Il poussa tout son matériel sur un côté de la benne et hissa de l’autre le canoë. C’était un modèle deux places classique en fibre de verre, rouge. Même avec le hayon baissé, la poupe dépassait encore d’un bon mètre, mais en l’attachant avec une sangle, ça irait.

« Vous allez le confisquer ?

— Peut-être bien, oui. Mais d’abord je vais te ramener chez toi et dire deux mots à tes parents.

— Ils ne sont pas à la maison.

— On verra ça. Mets ta rame à l’arrière et monte. Allez. »

Une fois partis, le ton baissa d’un cran. Le garçon indiqua la direction de sa maison, une ferme à trois kilomètres en amont, sur la route de Ravenscrag. L’employé de la société d’irrigation était déjà passé par là, il se souvenait de Ravenscrag comme un de ces hameaux à demi fantômes avec trois granges tenant à peine debout, des meules de foins pourrissantes et une rangée de silos vides. Il commença à éprouver de la compassion pour le garçon et tenta de faire ami-ami.

« C’est quoi ton nom ?

— Donald.

— Donald. OK Donald, tu ne prends pas le bus scolaire ?

— Non, je ne préfère pas. Sauf en hiver, ma mère me force à le prendre. Le reste de l’année je vais à vélo.

— Ah. Ça te fait un bout dis donc. Tu as un bon vélo au moins ?

— Oui, un Ritchey.

— Qu’est-ce que c’est ça, un de ces nouveaux mountain bikes ?

— Oui.

— Tu as plein de vitesses là-dessus, non ?

— Dix-huit.

— Dix-huit ! C’est autant que les camions. »

Bientôt, ils arrivèrent à la ferme. C’était un patchwork de constructions en bois et d’équipements décatis, héritage de la colonisation agricole. La maison était vide. Le père de Donald était aux champs et sa mère quelque part ailleurs, il ne savait pas où. Ils déchargèrent le canoë derrière l’atelier et le hissèrent sur deux montants fixés au mur. Comme il était presque dix heures et demie, l’homme décida d’emmener le garçon à l’école.

En chemin, Donald fournit de nombreuses informations sur les environs. L’homme devait souvent lui demander de répéter, parce que sa voix avait une intonation plutôt particulière. Elle rendait ses paroles difficiles à comprendre pour qui ne le connaissait pas intimement, comme s’il avait un accent étranger propre à lui tout seul. Il lui arrivait aussi de s’arrêter au milieu d’une phrase, parce que son attention s’échappait pour aller se fixer sur un piquet de clôture ou un terrier. Ses remarques étaient détaillées, et très techniques.

« J’ai roulé sur un serpent une fois, là. Fin octobre. Dans ce ravin il y a une conduite d’irrigation percée. Suivant la pression l’eau jaillit à un mètre cinquante. En hiver ça forme une grosse bosse de glace. » Il confia qu’il tenait un registre des animaux qu’il croisait et notait les conditions météo les plus extrêmes affrontées sur son Ritchey. Manifestement, le parcours de chez lui à Eastend lui servait de terrain d’essai. Il avait accompli un tas de variantes: passer par l’ancienne voie ferrée, faire le tour par le haut de la corniche, effectuer tout le trajet hors-piste. Mais ça, il ne l’avait pas beaucoup fait, parce qu’à chaque tentative il crevait sur un cactus nain. Ce trajet pouvait lui prendre plusieurs heures, où dix-neuf minutes au meilleur de sa forme avec le vent dans le dos. Cette fois, il avait estimé qu’en canoë le temps de parcours serait à peu près le triple qu’à vélo, détours des méandres compris. Il assura que son échec était dû au courant quasi nul de la Frenchman. L’homme comprit alors que cette navigation risquée n’était pas juste un enfantillage. Elle faisait partie d’un ensemble expérimental plus important, une sorte de plan général d’exploration.

Arrivé en ville, l’homme se laissa guider jusqu’à la petite école municipale en briques. En tournant de Red Coat Drive sur Maple Avenue, il remarqua l’enseigne d’un café. Il comptait bien s’offrir une part de tarte avant de retourner au réservoir, aussitôt qu’il aurait déposé Donald. Comme il avait perdu l’envie de lui donner une leçon, il renonça à entrer expliquer la situation à la maîtresse et se contenta de le laisser devant la porte.

« Bon allez vas-y. Et sois prudent.

— OK.

— Plus de canoë sur le lac hein ?

— Sûr. »

Donald répondit au signe du pouce levé par un hochement de tête et monta les escaliers. Il franchit la porte, traversa le couloir en passant devant les classes, descendit aux vestiaires de l’entresol et ressortit sur le terrain de sport. De là, il se faufila sous la barrière jusque dans une allée, et se dirigea vers Tamarack Avenue.