Jérémie Gindre

Né à Genève en 1978, Jérémie Gindre est un artiste et écrivain suisse qui a décidé de ne pas choisir entre arts plastiques et littérature. Sa pratique comprend l’écriture comme le dessin ou l’installation, et explore ici des thèmes aussi variés que la formation des orages, les techniques de chasse préhistorique ou le folklore western. Il a notamment publié On a eu du mal aux éditions de L'Olivier en 2013, Pas d'éclairs sans tonnerre (Zoé, 2017) et Trois réputations (Zoé, 2020).

vendredi 31 mai 2024 17h00

Jérémie Gindre au Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds

Lecture de Tombola et discussion, modéré par David Lemaire.
Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds, rue des Musées 33, 2300 La Chaux-de-Fonds

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Jérémie Gindre, lauréat d’un Prix suisse de Littérature 2024 pour « Tombola »

Éloge
Sept nouvelles composent la Tombola que nous offre Jérémie Gindre ; sept récits divers de par leur longueur, les lieux et les protagonistes qu’ils mettent en scène, mais qui sont reliés par une multiplicité de cohérences et d’échos : une même attention parcimonieuse aux détails d’une description, une distance curieuse entre la voix qui raconte et les personnages, un goût de l’anecdote dont le sens déborde et dérange le cours tranquille des événements, et, entre les lignes, discrète et délicate, une nonchalance qui n’oublie pas de sourire et, par exemple, d’interrompre une histoire sous le seul effet d’un éternuement.
Le livre a cette qualité rare de faire recueil, de constituer plus que la somme de ses parties, de nous inviter à nous perdre, à explorer ou à découvrir, d’un récit à l’autre, comment leur sens se module en fonction de leurs relations. À cette tombola, l’auteur ainsi que les lectrices et les lecteurs gagnent un gros lot. Lui, un prix, nous une poétique de la nuance.

"Tombola" de Jérémie Gindre, en lice pour le prix Paysages écrits (Fondation Facim) 2024

Jérémie Gindre, lauréat du Prix Pittard de l'Andelyn 2024 pour « Tombola »

Stéphane Dubois-dit-Bonclaude, président de la Fondation Pittard de l’Andelyn
Laudatio du Prix littéraire Pittard de l’Andelyn 2024 : « Tombola », Jérémie Gindre, Editions Zoé             
30 avril 2024 Maison de Rousseau et de la Littérature

"L’enveloppe est belle. Papier doux au toucher, illustration de couverture énigmatique, faussement rassurante, c’est la reproduction d’une œuvre de Caroline Bachmann. En quatrième de couverture, la présentation de l’auteur le décrit comme un esprit ingénieux aussi il n’est pas étonnant que dans le texte qui précède quelques clés nous soient déjà livrées : surprise, tension, accident ou ravissement.

Surprise, oui. Le prix Pittard de l’Andelyn 2024 a été décerné à l’unanimité mais la nouvelle littéraire nourrit toujours le débat entre ses adeptes et ceux qui préfèrent le temps long du roman.

La définition communément admise de « la nouvelle littéraire est : un bref récit fictif faisant appel à la réalité et qui, la plupart du temps, ne comporte pas de situation finale. Généralement, elle se termine avec un dénouement inattendu qu'on appelle la chute. »

« Tombola » répond fidèlement à ces critères mais se situe au-delà de la brièveté des récits et de la concision des situations évoquées, la temporalité est fluide mais extrêmement resserrée, laissant toujours planer une ombre discrète, presque une menace, favorisant ici un déséquilibre, là une rupture, créant ainsi un véritable suspens pour chaque nouvelle.

Ressentir ces intentions narratives très élaborées n’est pas simple au premier abord tant l’écriture de Jérémie Gindre joue sur un caractère que je définirais de néo-classique. Limpide, précise, en tension, on peut l’imaginer telle une architecture dépouillée de ses moindres ornements, chaque mot est à sa place, intégré aux ressorts de l’intrigue. Le dessein (entendez-le des deux manières) littéraire de ces récits pourrait encore évoquer un terme communément employé pour la bande dessinée : la ligne claire.

Je le répète, Jérémie Gindre est présenté comme un esprit ingénieux et ses nouvelles sollicitent la surprise, les tensions, les accidents, le ravissement.

Apparait alors en filigrane pour le lecteur, cette ligne claire, ces mystérieux dessins, observés dans d’antiques manuels, séquencés en quelques figures et qui nous démontrent comment réaliser les plus fameux nœuds marins, ou encore ceux des prestidigitateurs, sans que jamais, malgré toute la bonne volonté du néophyte, l’amateur réussisse du premier coup. Peut-être qu’aujourd’hui, les tutoriels fleurissant sur le net, souvent désopilants, remplacent habilement les images anciennes, mais ces dernières relevaient du mystère, deux mains anonymes tressaient ou nouaient dans l’espace de la feuille blanche des arabesques délicieuses qui évoquaient également les plus infâmes façons d’entraver une proie. Heureusement, le dénouement arrivait, le nœud coulant s’effaçant dans la ligne tendue d’un unique cordon tout comme les chutes des récits de Jérémie Gindre. Averses ou orages sont traversés sans crainte, l’instabilité des conditions météorologiques conduisant lecteurs et lectrices vers un arc-en-ciel fragile, éphémère, illusoire.

J’achèverais cette brève présentation par les quatre dernières lignes d’une nouvelle dont je vous laisse - à la lecture du recueil - le plaisir de découvrir le titre et le sujet. Ces lignes symbolisent ce que j’ai tenté d’exprimer au sujet de « TOMBOLA ». Le seul indice, l’action se déroule à Castelrigg, en Angleterre, un cercle de pierres levées destiné - vraisemblablement - aux rituels druidiques de l’âge du bronze.

Pendant ce temps, le soleil poursuit sa courbe et les ombres des pierres, comme des marionnettes, obéissent à son mouvement. Tracent leur orbite sur la prairie. Avec les saisons s’allongent, raccourcissent. Immobile, la roue tourne.

Le Cercle du passé & des gens présents."

Tombola (2023, domaine français)

Tombola

Zita perdue dans le brouillard des Hautes-Alpes, Espe aux prises avec un sapin tombé sur le toit du chalet familial, Joanne jouant de malchance sur son vélo au Québec: dans ces sept nouvelles, Jérémie Gindre pousse ses personnages hors de leur train-train quotidien pour les cueillir dans un moment de solitude. Se met alors en marche la réflexion de chacune de ces femmes, à la pensée vive et indocile. Surprise, tension, accident ou ravissement les attendent en chemin, dans un environnement peuplé d'animaux et sous influence de la météo.

Trois réputations (2020, domaine français)

Trois réputations

Que ce soit dans les Alpes du Sud, sur une île perdue des Caraïbes ou dans le désert de Mojave, la nature ici est puissante, aussi belle que vénéneuse. Une sœur caractérielle, un ombrageux Hollandais, un chercheur d’or lunatique : chacun y laissera sa marque avant de rencontrer la fatalité. Les trois ont le charme de l’impulsif, du solitaire et de l’obstiné, et ceux qui racontent leur histoire ne mâchent pas leurs mots. Voici trois novellas, trois destins en miroir, aux refrains qui se répondent et dont les motifs passent d’une aventure à l’autre comme des oiseaux migrateurs.

Pas d'éclairs sans tonnerre (2017, domaine français)

Pas d'éclairs sans tonnerre

Enfant − puis adolescent – dans les Prairies, Donald est un garçon obstiné qui veut comprendre d’où il vient. Poussé par un instinct archéologique, il n’aura de cesse d’explorer le territoire environnant, à la recherche du pourquoi des choses. Gravures rupestres, cimetière de bisons ou rituel sur une montagne sacrée, les découvertes du jeune homme donnent vie au passé des grands espaces de l’Ouest canadien.

Jérémie Gindre réinvente ici le nature writing avec un style fort et drôle, donnant à ressentir autant qu’à comprendre l’univers de Donald.