parution août 2024
ISBN 978-2-88907-411-2
nb de pages 176
format du livre 140x210 mm

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Gabriella Zalapì

Ilaria ou la conquête de la désobéissance

résumé

Un jour de mai 1980, Ilaria, huit ans, monte dans la voiture de son père à la sortie de l’école. De petits hôtels en aires d’autoroute, l’errance dans le nord de l’Italie se prolonge. En pensant à sa mère, I’enfant se promet de ne plus pleurer. Elle apprend à conduire et à mentir, découvre Trieste, Bologne, l’internat à Rome, une vie paysanne et solaire en Sicile. Grâce aux jeux, aux tubes chantés à tue-tête dans la voiture, grâce à Claudia, Isabella ou Vito, l’enlèvement ressemble à une enfance presque normale. Mais le père boit trop, il est un «guépard nerveux» dans un nuage de nicotine, pense la petite. S’il la prend par la main, mieux vaut ne pas la retirer; ni reculer son visage quand il lui pince la joue. Ilaria observe et ressent tout.
Dans une langue saisissante, rapide et précise, ce roman relate de l’intérieur l’écroulement d’une petite fille qui doit accomplir seule l’apprentissage de la vie.

biographie

Gabriella Zalapì est plasticienne, d’origines anglaise, italienne et suisse, elle vit à Paris. Formée à la Haute école d’art et de design à Genève, elle puise entre autres son matériau dans sa propre histoire familial, reprenant photographies, archives, souvenirs et les agençant dans un jeu troublant entre histoire et fiction. Antonia (Zoé, 2019, Le livre de poche, 2020), son premier roman, a reçu le Grand prix de l’héroïne Madame Figaro et le prix Bibliomedia. Dans Willibald, l’écriture précise et réduite à l’essentiel de Gabriella Zalapì peint les plis et les replis d’un homme dont la vie aussi tragique que romanesque a fait de sa famille la victime collatérale.

Atout livre

"Une nouvelle prouesse de Gabriella Zalapì! Dans une langue sobre et blanche, elle laisse frémir toute l'incongruité et l'urgence de cette fuite à travers l'Italie. Après Antonia et Willibald, un nouveau petit chef d’œuvre aussi puissant que limpide!" Simon Gémon

Payot Cornavin

"Quelle déchirure. Quelle force d'écriture! Donner à lire une histoire racontée par une enfant avec simplicité et élégance. Simple et efficace. Sans tomber dans la caricature. Sans utiliser un langage de gosse. Et être crédible. C'est un magnifique tour de force." Christine Grivel

Willibald (2022)

Willibald

Depuis l'adolescence Mara est habitée par un tableau suspendu dans le salon de son H.L.M. Willibald, qui a acheté cette toile dans les années 1920, la hante toute autant. Lorsqu'il fuit Vienne en 1938, il n'emporte que ce Sacrifice d'Abraham, soigneusement plié dans sa valise. Entrepreneur et collectionneur juif, il refait sa vie au Brésil, loin des siens. Lors d'un séjour en Toscane chez sa mère Antonia, Mara déchiffre les lettres de Willibald qu'elle retrouve dans un hangar. Elle observe les photos, assaille de questions Antonia, "qui sait mais ne sait pas".

Antonia. Journal 1965-1966

Antonia est mariée sans amour à un bourgeois de Palerme, elle étouffe. À la mort de sa grand-mère, elle reçoit des boîtes de documents, lettres et photographies, traces d’un passé au cosmopolitisme vertigineux. Deux ans durant, elle reconstruit le puzzle familial, d’un côté un grand-père juif qui a dû quitter Vienne, de l’autre une dynastie anglaise en Sicile. Dans son journal, Antonia rend compte de son enquête, mais aussi de son quotidien, ses journées-lignes. En retraçant les liens qui l’unissent à sa famille et en remontant dans ses souvenirs d’enfance, Antonia trouvera la force nécessaire pour réagir.

Roman sans appel d’une émancipation féminine dans les années 1960, Antonia est rythmé de photographies qui amplifient la puissante capacité d’évocation du texte.

Ilaria ou la conquête de la désobéissance: extrait

Dans la cabine, Papa parle fort, hausse la voix, se retourne. Nos regards se croisent. Il sourit, baisse les yeux. À sa façon de bouger les mains je devine son agitation. Son corps est raide. Ça m’inquiète. Quand il revient, il dit que Maman a changé d’idée et qu’elle n’a plus le temps de déjeuner. Nous passerons le week-end ensemble. Et l’école? Tu louperas l’école juste quelques jours… Ce n’est pas si grave.

La voix de Papa est tranchante. Je calcule sur le bout de mes doigts: jeudi, vendredi, samedi, dimanche. Quatre jours. Et Ana? J’aimerais protester mais quand Papa est nerveux, il vaut mieux se taire.

Il démarre brusquement et écrase sa cigarette d’un geste sec. Son front est couvert de sueur.

Tunnel du Mont-Blanc, frontière franco-italienne, voûtes des galeries, lacets du Val d’Aosta, mal de voiture. Nous nous arrêtons sous un ciel couvert d’une nappe grise. Le paysage est métallique. Je vomis au bord de la route, Papa me tend un mouchoir de coton blanc. Allons boire quelque chose, ça te fera du bien. Quelques kilomètres plus bas, au bar de la station-service, le visage de Papa est pâle. Ça doit être à cause de la lumière des néons. Il paye à la caissière deux tranches de pizza Margherita, un whisky, un café et une limonade. Je déteste la limonade mais ne dis rien, ma bouche est sèche.

Vous avez des jetons à me vendre pour le téléphone?
Combien?
Une vingtaine.
La caissière compte scrupuleusement les pièces jaunâtres et les tend à Papa.
La cabine est dehors, sur la gauche.
Ses ongles sont très longs et couverts d’un vernis très rouge. Je suis Papa.

C’est quoi ces jetons ?
J’en ai besoin pour appeler. En Italie, on ne peut pas mettre des pièces de monnaie dans les cabines.
Entre Genève et Turin, Papa passe plusieurs appels. Cinq au total. Dès qu’il voit une station-service, il
s’arrête. Tu es contente de passer le week-end avec moi? Tu as perdu ta langue? À quoi penses-tu?
À rien.