parution mars 2010
ISBN 978-2-88182-664-1
nb de pages 98
format du livre 210 x 140 mm
prix 18.00 CHF

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Jean-Marie Vodoz (sous la dir.),

Collectif

Le français notre maison

résumé

Comment prendre la défense du français sans le pétrifier ?

Et d’abord faut-il le défendre ?

Ce livre accueille des contributions de critiques, de journalistes et d’écrivains  qui réfléchissent à ce que représente la langue en général et le français en particulier. Tous cherchent un équilibre entre une alerte sévère contre un français appauvri, mou, moutonnier, conformiste et une ouverture généreuse, qui, ne sacralisant pas la langue, reste ouverte à l’écoute du frottement enrichissant des langues les unes avec les autres.

Par des expériences, des rêves, et des exemples, ils montrent comment veiller à la profusion, à la richesse, aux nuances de la langue comme à son inventivité. Certains pourfendent l’usage de l’anglais, tous aimeraient surtout que les fenêtres du français restent bien ouvertes, afin de laisser respirer la langue. 

Jean-Marie Vodoz (sous la dir.)

Textes de Le Français, notre maison réunis par Jean-Marie Vodoz, rédigés par: Etienne Barilier, Abdou Diouf, Philippe Dubath, Christophe Gallaz, Anne-Lise Grobéty, Doris Jakubec, Marc Lamunière, Anna Lietti, Fabio Pusterla, Sylviane Roche, Jean Starobinski, Pierre-Alain Tâche, Jean-Marie Vodoz, Matthias Zschokke.

Viceversa littérature 16 - La part sauvage (2022, Viceversa Littérature)

Viceversa littérature 16 - La part sauvage

Quelles sont les raisons et les implications de notre désir de retour à un « état naturel », que nous idéalisons peut-être, et pour lequel nous éprouvons de la nostalgie ? Comment s’infiltrent dans la littérature les friches, les broussailles, les forêts obscures ? À quoi ressemblerait un texte dont la croissance serait sauvage ?

Douna Loup • Alexandre Lecoultre • Rebecca Gisler • Julia Weber • Matteo Ferretti • Flurina Badel • Marie-Hélène Lafon • Silvia Ricci Lempen • Tom Tirabosco

Viceversa littérature 15 – Histoires de famille

Qu’elle soit biologique ou par affinités, nucléaire ou élargie, la famille suscite d’immenses attentes. Mais la famille idéale, celle dont on voudrait faire partie, existe-t-elle ? Transmission d’un nom, d’une langue, de valeurs morales, héritage d’objets ou de maisons, déceptions, mensonges, secrets et luttes de pouvoir, la famille est en tout cas une mine pour faire des histoires. En inventer, en raconter. Le patrimoine familial se compose aussi de mots. Les écrivains en ont une conscience aigüe, ce qui leur permet d’interroger leur vécu, de débusquer du nouveau, tout en nous y associant intimement, nous laissant entendre l’écho de notre propre expérience.

Fabio Andina • Michelle Bailat-Jones • Yvonne Böhler • Zora del Buono Gianna Olinda Cadonau • Ludmila Crippa • Elisa Shua Dusapin Yael Inokai • Barbara Klicka • Naim Kryeziu • Line Marquis • Thierry Raboud • Noëlle Revaz • Maria Rosaria Valentini • Ivna Žic

Helvétique équilibre. Dialogues avec le Point de vue suisse du prix Nobel de littérature 1919

En 1919, Carl Spitteler (1845-1924) devient le premier Suisse à recevoir le prix Nobel de littérature. Notre point de vue suisse, son discours prononcé au début de la Première Guerre mondiale en faveur de la paix et de la neutralité, avait marqué l’esprit de Romain Rolland ou Blaise Cendrars. Le voici dans une nouvelle traduction. Cent ans plus tard, huit écrivains, alémaniques, romands et tessinois, entrent en dialogue avec l’écrivain. Quel rapport la Suisse et ses habitants entretiennent-ils avec leurs voisins européens ? Avec la question des migrants ? Les frontières sont-elles toujours aussi définies qu’il y a un siècle ? Quelles valeurs rattache-t-on aujourd’hui à cette fameuse neutralité helvétique ? Neuf textes et autant de points de vue sur des questions brûlantes. 

Né à Liestal, Carl Spitteler est un observateur critique des dogmes dominants au début du XXe siècle. Huit écrivains, de langues et de générations diverses, proposent en écho leur « point de vue suisse » : Adolf Muschg, Pascale Kramer, Fabio Pusterla, Daniel de Roulet, Dorothee Elmiger, Catherine Lovey, Tommaso Soldini et Monique Schwitter

Édité par Camille Luscher

Germaine de Staël, retour d'exil

Quatre lectures autour de Madame de Staël opèrent dans ce petit livre un réel décapage de la figure de la fille de Jacques Necker, ministre de Louis XVI. Un premier texte met en perspective le retour, à Paris,  en 1814, de cette personnalité ;  retour rendu possible grâce à l’abdication de Napoléon. On y voit combien l’œuvre et la pensée de Germaine est moderne, notamment parce qu’elle appartient comme toute sa génération à une période de transition entre ancien régime, dont elle tient la plus grande partie de son éducation, et les divers essais de mise en place d’un régime plus libéral. Victime de la politique réaliste de Napoléon, elle s’exile à Coppet où les libéraux viennent se rallier autour d’elle.

Deux textes sur ses rapports violents avec Napoléon permettent de comprendre l’opposition entre ces personnalités majeures du début du XIXe siècle, qui se jalousaient, se respectaient, se haïssaient. L’une avec ses idées, l’autres avec ses forces armées. Leurs divergences idéologiques, politiques et artistiques, notamment leur conception différente du rôle sociale de l’écrivain, les opposaient.

Enfin, un parallèle brillant et audacieux est proposé entre la pensée de Sade et de la fille de Necker. Mélancolie, rôle des passions, intensité des sentiments, ennui, l’empreinte mortifère de la Terreur, la double présence de la mort et du suicide se retrouvent chez l’un comme chez l’autre. Des traces de la pensée de chacun dans leur œuvre respective s’y décèlent.

Textes de Léonard Burnand, Stéphanie Genand, Doris Jakubec et Dusan Sidjanski.

Histoire de la littérature en Suisse romande

Au moment où les littératures des marges intéressent de plus en plus, où les diverses régions francophones affirment leur identité propre face au centralisme parisien, la Suisse romande représente un exemple particulièrement intéressant de métissage culturel au carrefour des grandes cultures européennes. Voici un ouvrage de référence qui fait le point sur l’état actuel de nos connaissances de la littérature en Suisse romande, du Moyen Age à nos jours. Une somme de plus de 1750 pages réalisée par les meilleurs spécialistes qui étudient d’Othon de Grandson à Jean-Luc Benoziglio, en passant par Ramuz, Cendrars, Cingria ou Jaccottet. La plupart des auteurs dont il est question dans les dernières parties de cette Histoire sont bien vivants. Leur nombre, la diversité de leurs écrits, la richesse des thèmes traités témoignent de l’extrême intensité de la vie littéraire en Suisse française. C'est bien sûr un défi, que de parler d'auteurs vivants dans une perspective historique.

Nouvelles de la Grande Guerre (2014, classiques du monde)

Nouvelles de la Grande Guerre

Il y a maintes façons de rendre compte d'un conflit de l'ampleur de la Première Guerre mondiale. L'histoire, petite ou grande, analyse les faits, les chiffres, l'enchaînement chronologique des batailles, les réalités sociales passées par le filtre de l'analyse et du temps. La littérature, elle, rassemble ces mêmes données dans un unique bourbier, celui de l'absurdité humaine. Le camp ici n’a plus d'importance, les chiffres sont informes, parce que trop énormes, et les causes se mélangent avec les corps. Seul reste l'humain, un et indivisible.

Rassembler dans un même recueil quelques-unes des grandes nouvelles écrites aux quatre coins de l'Europe pendant ou juste après la guerre est donc une autre façon de raconter l'histoire. Mis bout à bout, ces récits singuliers d'êtres singuliers rendent compte de l'unicité des destins pris dans un seul et même engrenage, la guerre.

 

Robert Walser, Arthur Conan Doyle, Henri Barbusse, Richard Weiner, Liviu Rebreanu, Alexis Tolstoï, Stefan Zweig, Rudyard Kipling, Albert Londres, Italo Svevo

Textes réunis par Laure Pécher

Adrien Pasquali, Chercher sa voix entre les langues

Questionner les frontières – du monde réel, de la raison et de la folie, du silence et de la parole, ou celles des langues. Tenter de guérir d’un défaut d’origine par l’exercice de la traduction. Passer enfin de l’étude des autres ou du pastiche à l’invention de soi : telle fut l’ambition d’Adrien Pasquali, dont l’œuvre protéiforme ressemble à une autobiographie de l’esprit. Fils d’immigrés italiens né à Bagnes (en Valais) en 1958, auteur d’une thèse de doctorat sur Ramuz et d’une œuvre critique abondante, il était devenu l’un des meilleurs auteurs de sa génération. Il s’est donné la mort à Paris en 1999, vouant sa trajectoire d’écriture à un fondamental inachèvement.

« Migrant » d’une langue à l’autre d’autant plus fasciné par les récits de voyage qu’il ne voyageait pas ; écrivain hanté par les pièges et les jeux du langage ; chercheur curieux de génétique textuelle que le travail sur autrui ramène en définitive à soi : ce sont là les multiples facettes intimement solidaires d’Adrien Pasquali, que cette première monographie critique mettra en perspective en convoquant pour ce faire trois générations de chercheurs. Puisse-t-elle permettre de mieux faire lire et aimer la voix énigmatique de celui qui, en 1998, décrivait sa situation comme une « impasse irrésolue »…

Nicolas Bouvier, espace et écriture

Nicolas Bouvier a effectué le trajet de Genève à Tokyo dans les années 50. Des livres ont jailli de ses voyages, si forts

qu’ils ont inspiré nombre de vocations de voyageurs et d’écrivains. Voyageur-poète, écrivain-musicien, artisan de l’image et du verbe, Nicolas Bouvier incarne dans son œuvre sa manière d’être au monde. Pour lui rendre hommage, un colloque lui a été consacré à Brest en 2008. Ce livre en est le prolongement.

Les auteurs, issus d’horizons intellectuels et géographiques différents – Jean Starobinski, Michel Butor, Jacques Lacarrière, Gilles

Lapouge, le photographe Jean Mohr, un spécialiste de poésie japonaise, une musicologue, des voyageurs, des écrivains et des universitaires –, soulignent le caractère humaniste et universel de l’œuvre de Nicolas Bouvier.

 

Château de Chillon. Le fief de la rêverie romantique

"Il est des édifices qui dépassent leur fonction, leur temps, les mesures mortelles, qui sont entrés dans une aventure idéale, où leur destinée se joue hors de nous" (Paul Budry, 1938). C'est le cas du château de Chillon, haut lieu du pays de Vaud; savoyard, bernois, puis indépendant. Rousseau en fit le décor de l'épisode le plus dramatique de La Nouvelle Héloïse, il fascina Byron, Lamartine, Hugo, Flaubert, Töpfer, Ramuz. Ce petit livre offre au lecteur, grâce aux recherches de Danielle Chaperon et Adrien Guignard, les plus beaux textes inspirés par le château, dont le célèbre Prisonnier de Chillon.

Les Tribulations d'un voyageur helvétique

 

A une époque où les gens choississent une destination sur la carte du monde comme ils optent pour un mets sur la carte des menus, qu’est-ce que voyager peut encore signifier ? Les distances parcourues et le nombre de pays ou de régions visités ne sont certainement plus un critère. On n’impressionne plus personne avec une addition de kilomètres.

Si l’on veut parler de voyage, il faut évidemment se tourner vers les écrivains. On ne voyage vraiment que dans sa tête. C’est sans doute l’intérêt, aujourd’hui, d’un concours littéraire sur ce thème-là.

Parmi les douze textes choisis pour la publication, l’un raconte comment une fille de dix-huit ans révoque les programmes de voyage que sa mère a préparés pour elle en Inde et conquiert sa propre liberté. Une autre se livre à un poignant voyage funèbre pour aller disperser les cendres de sa mère dans des îles grecques, selon ses dernières volontés, et une narratrice se rend pour la première fois en Palestine d’où ses parents ont pris la fuite en 1948. D’autres récits invitent au voyage sur l’île de Gorée, au Cameroun, en Patagonie, sur l’île de la Réunion, au Pakistan, sur le Nil, à la mer d’Aral et enfin au Mali.

La Suisse côté cour et côté jardin

 

Cent dix-sept auteurs potentiels se lancent dans l’aventure d’un concours organisé par la FNAC en Suisse romande et en France voisine. Stimulés par le thème « La Suisse côté cour et côté jardin », ils racontent un jeune immigré dont les rêves s’écroulent face à la cruelle réalité genevoise ; les péripéties loufoques de comédiens vindicatifs qui aimeraient trouver leur place dans la pièce qu’ils jouent au risque de piétiner leurs partenaires ; un vieux couple qui se révolte contre les procédures de l’an 2055 ; deux maniaques de la propreté qui ne parviennent pas à se rencontrer ; une jeune suicidée ; des amoureux qui défient Satan et l’infidélité ; un appartement insolite ; et un malade incapable de parler sans faire de vers. Les textes choisis par le jury sont de tons et de genres extrêmement variés.

Comme le dit dans sa préface Sylviane Dupuis, écrivain et dramaturge, « on assiste un peu partout au “retour du texte” au théâtre. Le projet d’écrire pour la scène a encore du sens et continue de solliciter l’imagination et l’invention de formes. » 

Et si une Suisse fantastique m'était contée

 

Ces contes fantastiques terrifient, émeuvent, font rire ou les trois à la fois : plongées dans la folie, rencontres romantiques avec un fantôme du passé ou avec une fée, diaboliques avec un loup-garou ou un démon antédiluvien. Que faire lorsque le personnage d’un auteur prend vie, armé d’intentions inconnues ? Comment se débarrasser d’un père égoïste et encombrant, ou convaincre sa petite amie de ne pas s’envoler hors des frontières sans véhicule adéquat ? Que faire, enfin, si déjà sans emploi, on se réveille un matin seul au monde ?

Ces nouvelles ont été choisies parmi plusieurs centaines de textes anonymes, envoyés par des écrivains débutants de toutes les régions de Suisse romande et de France voisine, à l’occasion d’un concours organisé par la FNAC sur le thème « Et si une Suisse fantastique m’était contée… ».

Préface de Pascale Kramer

Robert Walser, l'écriture miniature (2004, domaine allemand)

Robert Walser, l'écriture miniature
Chiens et chats litteraires

"Les chats ont d'autres idées que les chiens sur la vie", notait Octave Mirbeau - et sans doute d'autres lectures, serait-on tenté d'ajouter. Chiens et chats, en tout cas, ont littéralement investi le territoire littéraire, y imprimant les plus visibles et lisibles des empreintes. Ce livre, pistant leurs traces, en décrypte les aspects ludiques ou graves à travers l'histoire littéraire, culturelle ou philosophique. S'y ajoutent des créations d'auteurs et une riche iconographie qui donnent un nouvel éclairage à cet indispensable et contrasté duo.

Bannières (1999)

Bannières

Le français notre maison: extrait

 

Prologue

 

Abdou DIOUF

 

 

A l’école de Senghor

 

 

 

 

 

La langue est l’instrument central qui permet de se relier à l’autre, de communiquer avec l’autre, de vivre avec l’autre. Elle permet d’appréhender le monde et d’en percevoir le sens. Pour Heidegger, en tant que maison de l’Etre, la langue est aussi le lieu où la réalité se met à exister, le lieu où notre pensée et nos actions élisent leur domicile.

 

Répondant à votre invitation, et en pensant au philosophe allemand, me remonte à la mémoire ce jour d’octobre, aujourd’hui lointain, où, en franchissant le seuil de l’école primaire Brière de l’Isle à Saint-Louis du Sénégal, le matin de mon premier jour de classe, je franchissais aussi le seuil de ma nouvelle demeure. Quelque chose de merveilleux s’était produit dans ma vie de jeune écolier. Ce jour-là, la langue française était entrée dans ma vie. Amie et compagne fidèle, elle ne m’a plus jamais quitté.

 

Or c’était à Saint-Louis, la ville de mon enfance, ancienne capitale du Sénégal et de l’Afrique-Occidentale française. C’est là-bas, sur ce petit bout de terre chargée d’histoire, sur cette bande entre mer et fleuve, que j’ai effectué mon parcours scolaire. De mes classes primaires à Neuville à celles de mon secondaire au lycée Faidherbe où j’ai passé mon baccalauréat, j’ai vécu dans mes deux demeures, naviguant entre français et wolof, passant du toit de ma vieille langue maternelle à celui de ma nouvelle langue adoptive, dans le plus total bonheur d’un émerveillement juvénile dont le souvenir en moi est encore vivace.

 

Vieille ville française fondée en 1659, Saint-Louis du Sénégal a toujours été un lieu d’échanges et de brassages entre peuples et cultures. La diversité ethnique, religieuse, linguistique et culturelle lui était familière. Aujourd’hui encore, on y retrouve passages, traces et présences de quelques grandes figures de la diversité qui ont écrit quelques-unes des plus belles pages de son histoire. Faidherbe, Maurice Genevoix, René Caillié, Antoine de Saint-Exupéry et Jean Mermoz avec l’aventure de l’aéropostale, le philosophe Gaston Berger, père de Maurice Béjart, le célèbre chorégraphe du Béjart Ballet Lausanne, Galandou Diouf, ancien député au Palais-Bourbon, et Maître Lamine Gueye, premier africain docteur en droit de l’Université française, pour ne citer que ceux-là d’entre les plus connus.

 

Mais puisque vous avez souhaité interpeller, non pas le secrétaire général de la Francophonie, mais, comme vous dites, le Sénégalais amoureux de la langue française et successeur de Léopold Sédar Senghor, c’est tout naturellement vers ce maître parfait que je me tournerai pour vous apporter ma contribution.

 

Après Saint-Louis, Dakar et Paris, c’est à nouveau à Dakar, à l’ombre tutélaire de cet éducateur hors pair, que j’ai élu demeure, car si la langue française est notre maison, les circonstances de la vie, en me conduisant à ses côtés, m’avaient fait entrer dans l’une des plus solides demeures de la langue que nous avons en partage.

 

Par l’évocation de cette haute figure pour qui la langue française était au cœur de la carrière, de l’œuvre et de l’action, ne m’avez-vous pas facilité la tâche ? Contribuer à un ouvrage voué à la défense du français en ayant comme repère ce que fit dans ce domaine un professeur qui aimait expliquer les vertus de cette langue, la richesse de son vocabulaire et l’efficacité de sa syntaxe de subordination, rend l’exercice plus aisé, je l’avoue. C’est donc avec émotion et gratitude que je me tourne vers cet Orphée noir, qui, sa vie durant, fut l’un des plus talentueux défenseurs de notre belle langue française.

 

Je ne me lasserai jamais de répéter que grâce à Léopold Sédar Senghor, le Sénégal est le seul pays, ou l’un des rares pays, à disposer d’un Recueil de décrets et de circulaires relatifs à l’emploi de certains mots, à l’usage des majuscules et des virgules dans les textes administratifs. Ce document, j’ai eu l’honneur, à côté de lui, de le contresigner à l’époque, en ma qualité de premier ministre du Sénégal. Ce document et cet art de la pédagogie, mon pays les doit à la clairvoyance et au génie de cet homme d’exception qui pensait la langue française, langue officielle du Sénégal, en fonction de tous ceux qui l’ont apprise en venant à elle et qu’il a toujours voulu pousser à mieux la parler et l’écrire.

 

C’est que, professeur et grammairien, linguiste et poète, Léopold Sédar Senghor croyait fondamentalement à la valeur créatrice du signe, du symbole et des textes qui doivent conduire les affaires de la Cité. Connaisseur et grand avocat de notre belle langue française, il voulut, tout au long de son magistère, et sa vie durant, qu’elle fût parlée et écrite dans la vie quotidienne avec le maximum de rigueur et de perfection.

 

Je sais combien il était convaincu qu’une maîtrise de la langue s’accompagne nécessairement d’une clarté de l’esprit et, par voie de conséquence, d’une aptitude à raisonner et à élaborer des solutions.

 

Je l’ai vu mettre un soin tout particulier à surveiller le traitement de la langue dans les documents officiels, dans les rapports écrits et oraux. Ce souci n’a pas manqué d’apparaître à certains comme une coquetterie ou une manie intellectuelle. Pour avoir été le directeur de son cabinet, le secrétaire général de la présidence de la République, pour avoir été son ministre et son premier ministre avant de lui succéder à la tête de l’Etat du Sénégal, je puis, aujourd’hui encore, garantir que cette rigueur procédait d’une préoccupation beaucoup plus profonde.

 

Mon ami Erik Orsenna de l’Académie française, dans son dernier ouvrage Et si on dansait ?, en parlant de ce recueil, y rend un bel hommage à celui qui fut son compagnon sous la Coupole du quai Conti.

 

De Dakar à Québec en passant par Niamey, Kinshasa et Tunis, de Paris à Phnom Penh en passant par la Suisse romande et la Wallonie, de Hanoï à Bucarest jusqu’à Antananarivo, des femmes et des hommes, aux quatre coins du monde, dans des cultures diverses et souvent différentes, vivent sous la bonne étoile de cette langue qu’ils ont en partage et qui est aussi leur terre d’accueil, leur demeure.

 

 

Fenêtre sur le Jura

 

Jean Starobinski

 

La chose va de soi : pour moi, vivre, converser, écrire, rêver, cela se passe en français. Au point de n’y pas même penser, à la façon dont on ne donne pas d’attention, habituellement, à l’air que l’on respire. Il faut que je me détache de moi-même pour m’apercevoir écrivant et pensant en français, dans les catégories du vocabulaire français, pour un destinataire que je suppose français, ou francophone, ou simplement apte à lire ce qui s’écrit en français. Durant mon enfance, je n’ai connu que les traces d’un parler dialectal : quelques vocables, des accents de quartier, une distinction à faire entre termes genevois et termes vaudois (qu’on pouvait ramener des vacances passées sur La Côte ou dans le Chablais). J’ai sans doute acquis quelques « romandismes » ou quelques « helvétismes » : ils me sont devenus imperceptibles. J’y tiens. Je ne démordrai pas de septante et nonante. Je fais mon tri parmi les néologismes. J’en invente parfois pour mes besoins personnels. On m’a appris que la seule règle est l’usage, que les divers « créoles » ont leur raison suffisante. L’école genevoise de linguistique, Saussure, Bally, Frei font le même accueil aux normes et aux fautes, car toutes les langues vivantes bougent. Mais je me sens malheureux quand la langue française est mise à mal dans les circonstances trop fréquentes où une parole simple et juste paraît n’avoir plus la possibilité d’exister. Il peut arriver qu’une langue soit bousculée en vue d’un surcroît d’expression. Le plus souvent, aujourd’hui, c’est de façon moutonnière, paresseuse, conformiste. Ce n’est pas alors l’anglais qui gagne du terrain (honneur à la boxe et au tramway), mais la langue réglementaire et publicitaire.

 

En  tournant la tête, quittant la page commencée, j’aperçois la longue crête du Jura. C’est terre française, mais c’est un repère familier. Ma rêverie suit la blancheur de la neige se découpant sur le bleu du ciel. Je n’y perçois aucune ligne de séparation. (Il n’en allait pas ainsi pendant la guerre.) J’ai la certitude que la langue qui se parle par-delà, plus loin que ne porte mon regard, est identique à celle dans laquelle j’ai grandi. A quelque pas de mon logis coule l’Arve, c’est-à-dire les eaux du Mont-Blanc qui se hâtent de rejoindre le Rhône, lequel prend la direction du Sud, vers Lyon et la Provence. Les eaux venues de Suisse et de France se mêlent.

 

Il y eut pourtant des patois, des écarts marqués. Genève, dans ses murailles, fut autrefois un bastion protestant et républicain, aux abords de la Savoie et de la France. Rousseau avait trouvé dans cette situation exceptionnelle l’une de ses grandes ressources de séducteur: il s’est complu à se proclamer différent, tout en faisant le plus bel usage littéraire de la langue française. Et ce fut aussi pour provoquer et pour séduire le public français qu’il se fit le truchement de la poésie et de la musique italiennes. Il sema son roman d’épigraphes de Pétrarque dans la langue originale. Il rêva de traduire La Jérusalem délivrée dans son intégralité ; il publia à Paris, en 1749, des chants de gondoliers vénitiens (Canzoni da Battello). A l’époque où l’Europe parlait français, Genève et Neuchâtel furent des centres d’édition très actifs, souvent pour des publications que la censure n’eût pas autorisées en France. De lEsprit des lois parut à Genève. C’est à Zurich que Diderot, à l’invitation de Gessner, auteur d’idylles en allemand, fit imprimer Les Deux Amis de Bourbonne, un récit qui n’avait rien de pastoral. Je ne voudrais pas faire l’éloge du français sans faire l’éloge d’un certain polyglottisme. Presque tous les grands écrivains français ont su le latin !

 

Bien sûr, au siècle dernier, nous apprenions fort bien une seconde langue nationale, l’allemand, et parfois une troisième, l’italien. D’où il résulta que nous fûmes souvent en situation d’intermédiaires. Avec le français que nous possédions, nous pouvions transmettre, — traduire. Une recherche a-t-elle été faite sur la contribution des traducteurs suisses romands à la réception d’œuvres étrangères en France? La traduction fut une activité de  philosophe : Jeanne Hersch et ses amis donnant la version française des principales œuvres de Karl Jaspers ; Philibert Secrétan traduisant Edith Stein. Mais aussi une activité de poète : Gustave Roud et Philippe Jaccottet traduisant Hölderlin à la hauteur du texte allemand. Philippe Jaccottet est aujourd’hui l’un des poètes les plus lus et commentés en France (son œuvre fut au programme de l’agrégation en 2004). Mais son « métier » fut celui du traducteur : nous lui devons Rilke et Musil en français, des textes capitaux d’Ungaretti, et de surcroît divers romanciers italiens. Mon maître de grec au collège, Edmond Beaujon, traduisit plusieurs ouvrages de Hermann Hesse. Chargés d’enseigner la littérature française, Marcel Raymond, Albert Béguin, Jean Rousset furent « lecteurs » dans les universités allemandes, avant de poursuivre leur carrière à Genève ou à Bâle. Claire et Marcel Raymond traduisirent l’historien de l’art Heinrich Wölfflin ; Rousset les poètes religieux du XVIIe siècle. Albert Béguin traduisit Jean-Paul, E. T. A. Hoffmann, Adalbert Stifter. Durant la guerre, il dirigea la collection des Cahiers du Rhône, qui fit honneur à la poésie française. Après la guerre, il devint le rédacteur d’Esprit, tout en se vouant aux inédits de Bernanos. Etienne Barilier, traducteur de Bachofen, de Dürrenmatt, continue aujourd’hui cette tradition, comme le fait aussi Marion Graf, traductrice de Robert Walser.

Mais pourquoi ces rapprochements entre Européens paraissent-ils aujourd’hui si lointains ? Les figures que je viens d’évoquer, pour la plupart, appartiennent au milieu du siècle dernier. Elles sont exemplaires. Il restait encore beaucoup à faire dans le sens qu’elles indiquaient. De grandes tâches nous étaient transmises. Mais la scène a changé. L’évidence prévaut que l’étape européenne du rapprochement des cultures, celle de l’écoute mutuelle entre voisins a été hâtivement sautée. La mondialisation s’opère dans les formules semi-abstraites de la science rigoureuse et de l’économie. Son véhicule est une langue utilitaire à base d’anglais simplifié, d’acronymes, de lettres et de chiffres. Ce sont des formules plus que des mots. Et ce n’est donc pas l’anglais des poètes, ni celui des juristes. Nous ressentons alors plus vivement qu’auparavant ce qui ne doit pas être esquivé, ce qui demeure indispensable : un dialogue chargé de sens. Pour l’établir et le soutenir, la langue française n’a rien perdu de ses pouvoirs, pour autant que nous la maintenions apte à ce rôle.

 

Version modifiée et augmentée d’un texte paru dans Eclat et fragilité de la langue française par Jean Dutourd et ses amis, Editions France Univers, 2008.