parution août 2021
ISBN 978-2-88927-932-6
nb de pages 144
format du livre 140x210 mm

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Catherine Safonoff

Reconnaissances

résumé

En vingt-cinq brefs tableaux, une auteure parcourt sa vie, prenant pour repères ses propres livres. Elle récrit son vécu, le change et le renouvelle, apporte aux heures sombres des touches claires. Elle joue. Une écriture réfléchie, tendue, qui s’interroge sur les liens parentaux ou passionnels, faillibles, parfois douloureux.

Reconnaissances est une reconnaissance de dette. Dette envers les lieux et les êtres propices, envers la chance aux multiples visages, dette infinie envers le vivant.

biographie

Catherine Safonoff, née à Genève en 1939, vit et travaille dans cette ville qui habite nombre de ses romans. Après avoir collaboré, comme critique littéraire, au Journal de Genève et à la Radio Suisse romande, et participé à la création de scénarios pour des films de Maya Simon, l’écriture devient et demeurera sa principale activité.

L’art du quotidien, du mot juste, de la phrase nerveuse, des amours perdues mais toujours présentes et à venir, de l’angoisse transformée en qualité de pensée et d’écriture. Catherine Safonoff excelle dans le récit personnel. Sa plume taille dans la chair humaine sans s’attendrir ni sur elle ni sur les autres, avec dignité et un talent littéraire venu de son expérience et de ses immenses lectures.

Catherine Safonoff a reçu de nombreux prix. Les principaux sont les suivants:  Prix quadriennal de la Ville de Genève en 2007 (dont les lauréats avant elle sont entre autres Jean Starobinski, Robert Pinget et Nicolas Bouvier, Prix fédéral de littérature 2012 avec le Mineur et le Canari, Prix Ramuz en 2015 pour l'ensemble de son œuvre.

 

Télérama

"Saisissons la perche que tend le titre. Pourquoi Catherine Safonoff n’a-t- elle pas en France la reconnaissance qu’elle mérite ? La Suissesse coud pourtant depuis les années 1970 un patchwork littéraire de si belle facture, à partir des lambeaux de sa propre existence. Née en 1939, de la même génération qu’Annie Ernaux, elle a grandi comme elle dans la rudesse et le non-dit, et traversé semblables épreuves réservées aux femmes, dont ses autofictions pétulantes et avisées portent le récit. La singularité de son art de l’autodérision fait le prix de ses écrits. D’une honnêteté sans ambage, elle ne fait jamais étalage.

(…)

Harmonie, c’est le nom qui vient, étonnamment, à la lecture de ce récit morcelé, chaotique. Une harmonie née de ce point d’honneur que Catherine Safonoff met à chercher le mot juste, sans jamais être dans le contrôle. Infiniment affranchie." Marine Landrot

Le Monde

"[Catherine Safonoff] ramasse le temps comme on glane à l’automne, pour les flambées du soir, le bois tombé, les pommes de pin. Reconnaissances est à la fois un carnet d’instants retrouvés, un précis de géographie intérieure et un livre d’heures où se mêlent des contritions douces et une foule de minuscules actions de grâce.

(…)

Ce qui lui importe, ce n’est pas la véracité des faits, mais la vérité du propos. La mémoire ment, elle invente, chambarde les dates, les noms, les lieux. L’écriture se doit juste de rétablir l’authenticité des émotions. Ainsi reviennent, intacts, les tristesses, les élans. Toute une pulpe sensible qui tressaille à peine on l’effleure.  

(…)

Et c’est ce qui rend si proches les livres de cette écrivaine rare qui sait se raconter sans jamais se contempler. Reconnaissances est vraiment le texte qui permet, à rebrousse-année, de remonter toute l’œuvre de Catherine Safonoff. De s’éparpiller comme on veut dans sa lecture. De s’y perdre. De se retrouver."

Un article de Xavier Houssin à lire ici

En attendant Nadeau

"Catherine Safonoff apparaît comme une extraordinaire aventurière de l’existence, capable de laisser entrer l’autre, de la ou le suivre, d’épouser des mouvements, des humeurs, des paroles tout en restant toujours fidèle à elle-même. Grâce à une liberté indestructible, elle se fraie une voie, unique, la sienne, et écrit, inlassablement, assumant ce désir d’être exactement qui elle est.

(…)

Reconnaissances est un livre magnifiquement chuchoté, qui murmure les secrets de l’amour entre les êtres et ses infinies variations. Il célèbre la liberté d’aimer et d’écrire, de vivre. Les rencontres s’égrènent, ponctuées par l’écriture des livres sur lesquels l’écrivaine revient, mais aussi par la relecture de carnets, par des souvenirs. Dans une langue alerte et ramassée, Catherine Safonoff nous fait naturellement partir en reconnaissance des énigmes de l’être, et atteint l’universel par l’anecdote. Elle nous engage à reconnaître puis à nommer l’essentiel de nos vies. Ce livre fait partie de ceux qu’on lit comme un cadeau."

Un article de  Gabrielle Napoli à lire ici

Le Matin Dimanche

"Dans ce très beau récit intime, Catherine Safonoff est à la fois Ulysse et Pénélope. Elle est la voyageuse, l’infidèle, celle qui rompt, prend le large, embarque pour Syros ou Patmos. Et celle qui reste fidèle, faisant et défaisant sa tapisserie, éternelle tisseuse qui empêche le passé de disparaître.

Pénélope, l’auteure le précise, est un nom qui veut dire : « au visage couvert d’un voile, ou d’une toile ». Ce pourrait être aussi l’image de son art littéraire. Cette manière si fine de se dévoiler en voilant la réalité. Ce « mentir-vrai » (Louis Aragon) dont Catherine Safonoff joue avec bonheur (…).

Un examen de soi qu’elle mène sans complaisance, d’une écriture laconique, ironique, mais puissamment évocatrice et odorante. Catherine Safonoff se décrit parfois remuant de vieux cahiers qu’elle avait remplis ici ou là, pleins de ces mots lentement filtrés qui sont devenus la chair de ses livres. (…) C’est un livre de gratitude." Michel Audétat

Marie Claire édition suisse

"Catherine Safonoff, grande dame des Lettres romandes, a choisi de puiser ici et là dans ses propres traces écrites, pour reprendre et éclairer différemment certains détails, pour s’interroger et approfondir, s'étonner parfois, et toujours avec franchise, intelligence, malice. Une plongée de Reconnaissances en vingt-cinq petits textes et un recueil, comme un alphabet littéraire élégant, d'une ironie subtile, et débordant de tendresse envers l'existence."

ArcInfo

"Pour qui connaît l’œuvre de Catherine Safonoff, « Reconnaissances » offre des clés de lecture à ses précédents livres. Pour les autres, il s’agit d’une entrée enthousiasmante dans la vie et l’écriture d’une femme sensible, rompue à l’introspection, qui a tenté de mener une vie libre, a aimé sa mère et vécu douloureusement la relation de ses parents, et s’est livrée avec sincérité à l’écriture et à ses «pauvres amours»."

Un entretien avec Laurence de Coulon à lire ici

La Gruyère

"De La part d’Esmé (1977) à nos jours, Catherine Safonoff revient sur son parcours en prenant pour balises ses livres, les circonstances de leur écriture. Un exercice d’introspection fascinant, où l’auteure genevoise reconnaît sa dette envers des lieux (la Grèce, notamment, et en particulier Patmos), des amours, des rencontres, des failles… Reconnaissances est construit en 25 brefs chapitres avec une écriture délicieusement ironique, qui procède par touches, et une sobriété qui rend le livre d’autant plus émouvant. (…)

En plus de quarante ans consacrés à cette étrange activité, elle n’a cessé d’affûter son style et sa manière, passionnante, de jouer avec la fiction, la réalité et l’autobiographie. Loin d’un point final, Reconnaissances se présente ainsi comme une étape supplémentaire dans l’élaboration d’une œuvre, unique dans la littérature de ce pays." Éric Bulliard

La Tribune de Genève

"Catherine Safonoff découpe sa vie en fines lamelles pour tisser son texte. Ces lambeaux portent des noms, ils ont vécu, elle les a croisés, aimés, elle a été trahie par eux, abandonnée, ou sauvée. (…) Avec la Genevoise, tout sonne juste et atteint le cœur. Sur ce ferry pour Syros, ça pourrait être vous ou moi, c’était elle ce jour-là. (…) L’Amour des mots est déclaré avec feu dans chacune de [ces lignes]".  

Un article de Pasacale Zimmermann à lire en entier ici

Viceversa Littérature

"Sa sincérité et sa lucidité sont désarmantes. Son sens de l’observation aigu. Elle n’hésite pas à mettre à nu certains de ses proches, crument, toutefois sans vulgarité. Elle a la capacité de se percevoir et de se décrire sans complaisance. Parfois on voudrait qu’elle s’épargne un peu, qu’elle soit davantage obligeante envers elle-même, elle qui se décrit comme la « petite suivante » de Katerina. De cette femme, qui est « d’éternité [son] personnage », elle dit : « Je l’ai aimée plus qu’elle ne m’a aimée, et c’est bien ainsi. » Toutes les phases cruciales de l’existence sont présentes dans Reconnaissances, de la naissance à la mort, avec toujours l’amour en filigrane, toutes les sortes d’amour possibles."

Un article de Claudine Gaetzi à lire en entier ici

L'OBS

"Dans cette odyssée intime, seul le voyage du retour s’accomplit. Celui qui ramène à soi. (…) Connue pour ses textes personnels, souvent à vif, Catherine Safonoff revient ici sur les pas qui l’ont menée en Grèce comme en Amérique, qui l’ont aussi portée vers les rivages de l’écriture. Elle revisite les lieux et ses livres, avec moins d’indulgence pour les seconds que pour les premiers. Entre gratitude et reviviscences, un livre en fragments qui dessine le paysage intérieur, lumineux et tourmenté d’une écrivaine." Élisabeth Philippe

Le Temps

"C’est un livre beau comme une île grecque. Reconnaissances est une manière pour son auteure d’honorer des dettes. De remercier les autres. D’esquisser une carte de son territoire, en 25 chapitres brefs, profonds et émouvants. (…)

On retrouve dans ces lignes la quintessence du style de Safonoff : humour et ironie qui griffent, art de dépeindre les présences. Affection et désir, douceur et amertume.

(…)

« On me disait : n’écris pas là-dessus, c’est à d’autres, pas pour toi. N’implique pas une autre personne dans tes textes, ni toi-même », se souvient-elle. Pourtant, elle a franchi les frontières interdites. Elle a parlé de son père (Comme avant Galilée, 1993), de l’homme aimé (Au nord du Capitaine, 2002), de sa mère (Autour de ma mère, 2007), de sa relation avec son psy (Le Mineur et le Canari, 2012). Elle l’a fait d’une écriture puissante, précise, creusant des galeries, des passages, dégageant des échappées. (...)

A la fin, l’île tant rêvée, le refuge véritable où habiter, c’est peut-être l’écriture elle-même. Les mots qui révèlent, apaisent et guérissent. A la fin, du fiel digéré ne restera que le miel. « Mon père était un homme assez impossible, ma mère était dépressive. Aujourd’hui, je les vois de loin, dans une profonde perspective, je les distingue jeunes, et je sais qu’à leur manière ils m’ont aimée.» Nous ne pouvons souhaiter qu’une chose : que l’écrivaine continue de désobéir et de nous parler d’elle. Sa vie raconte si bien les nôtres."

Un article de Julien Burri à lire en entier ici

RTS - Culture

"Entre dévoilement et dissimulation, "Reconnaissances" est aussi pour l’écrivaine une manière de recomposer son parcours de vie, en prenant appui sur la genèse de ses livres précédents, tous autobiographiques. Depuis son premier roman "La part d’Esmé" - récit d’une femme délaissant le foyer familial pour suivre son amant -, Catherine Safonoff apporte de nouvelles variations autour de thèmes qui lui sont familiers: le récit de soi, les liaisons passionnelles, le temps qui éloigne, la persistance de l’enfance. "J’écris toujours le même livre, en le poursuivant", affirme-t-elle. (...) Bouleversant et intense".

Un entretien de Catherine Safonoff avec Jean-Marie Félix à écouter ici

La Liberté

"De sa plume tragi-comique allègre et allusive, Catherine Safonoff compose son passé, obstinément. Sa mémoire est un labyrinthe de miroirs où elle invente, à reculons, de nouvelles trajectoires, ici empreintes de gratitude, tendues par un vibrant désir de réconciliation.

Dans ses Reconnaissances, nouvel épisode du grand œuvre intime et qui semble les résumer tous, c’est au travers des livres et carnets anciens qu’elle remue la matière autobiographique – certains écrits sur le vif, avec acharnement, d’autres « précieux parce que perdus » donc susceptibles d’être réinventés. Et c’est ainsi, incidemment, que la graphomane donne à voir la censure énigmatique du langage, cette réécriture du réel qu’on appelle littérature et que la Genevoise, dans son humble ténacité, porte toujours aussi haut." Thierry Raboud

Le blog de Francis Richard

"Mange ce livre qui sera miel dans ta bouche et fiel dans tes entrailles (Saint Jean, Apocalypse, 10-9). Ce verset a durablement marqué Catherine Safonoff . Il fait partie de ses Reconnaissances envers la Grèce notamment, qui aura beaucoup compté pour elle :
Il y avait des abeilles à Patmos, l'ascète avait goûté leur miel: le fiel est dans les mots."

Une chronique de Francis Richard à lire en entier ici

Le Temps

"J’éprouve une grande familiarité avec les textes [de Catherine Safonoff] et j’ai l’impression qu’elle parle de moi. Tout ce qu’elle écrit, j’aurais pu le penser, c’est incroyablement troublant ! Son style est tendu et précis. Sa vérité me désarme à chaque fois. Elle n’a pas honte de ce qu’elle est et se met à nu. Je retrouve la même lucidité chez Annie Ernaux." Fabienne Jacob

Livres Hebdo

"Il y a chez l’auteure de La distance de fuite cette façon durassienne d’intégrer l’écriture à la vie matérielle, d’associer les maisons et les hommes. Mais il est difficile de dire ce qui fait sa grâce un peu brusque, incomparable. Peut-être ce vivace élan qui innerve son style elliptique, croquant l’essentiel, « le trivial et le tragique », en quelques phrases sans verbe. De la passion sèche, pas de sentimentalisme, peu de culpabilité – même s’il en faut « une sacrée dose pour écrire » selon elle -, encore moins de regrets (sauf peut-être d’avoir égaré certains carnets tandis que d’autres ont été jetés sans remords à la benne à ordures) … Et quand les traces manquent, « ma mémoire isole des épiphanies » : c’est son don. Ne reste alors que l’acquittement de la dette, sans conditions. Une gratitude lumineuse." Véronique Rossignol

Basta!

"Qu'on se le tienne pour dit, et en toute objectivité, Catherine Safonoff est la meilleure plume (vivante du moins) de la littérature romande. Reconnaissances revient sur sa vie et sur ses livres, ce qui pour une écrivaine d'autofiction revient peu ou prou au même. Elle paie sa dette envers les êtres qui ont compté pour elle, parents ami.e.s, amants, revient sur les lieux chers. En Grèce beaucoup. Son écriture fine, précise, a su garder intactes une cruauté et une innocence enfantines dans sa quête de vérité. À lire AB-SO-LU-MENT." Marco

Lucioles

"Dès le premier chapitre, j'ai été capté par cette manière particulière d'écriture à fleur de peau. Je crois que ce que j'ai le plus aimé dans ces pages, c'est l'honnêteté avec laquelle elle dit ses faiblesses et comment l'écriture peut transcender la difficulté de vivre." Michel Edo

Les Racines du vent

"Je viens de passer un moment merveilleux autant que rare, qui restera gravé en moi comme la voix d'une amie chère... et savoir que je pourrai la retrouver à tout moment... Voilà, c'était un beau grand cadeau." Lydia Moretti-Gleyses

SFL - Société française du livre

"La vie et les romans de Catherine Safonoff résonnent comme matières premières à la lecture de Reconnaissances. Joie et mélancolie, lumière et regret, tout se mêle et s’entrecroise pour donner un texte d’une beauté inouïe. Ma plus belle découverte de cette rentrée littéraire et une envie de lire toute l’œuvre évoquée dans ce récit romancé." Séverine Nicolle

Le Divan

"Quel plaisir de rencontrer cette grande dame des lettres suisses grâce à ce livre. Après cette lecture, comment ne pas avoir envie de découvrir toute son œuvre ?" Lucie Lisant

Des livres et moi

"Un voyage sublime dans la vie de cette autrice sur un parcours de mots aussi beaux que touchants."

Lettres à croquer

"Un roman autobiographique et beau par le fait que l'autrice reconnaisse l'amour pour son père et sa mère mais aussi la difficulté à être à soi, à être fille comme à être mère. La plume est sensible et intime." Amandine Miraux

TULITU

"Si vous avez aimé lire Vivian Gornick ou Deborah Levy, vous aimerez cette autrice suisse !" Ariane Herman

L'Ouvre-boîte

"Catherine Safonoff présente 21 tableaux de sa galerie de souvenirs qui ont imprégné et nourri son oeuvre. Une écriture réfléchie et lumineuse qui nous présente les lieux, les êtres et les moments de vie comme autant de trésors à chérir, autant de chances à reconnaître. Beau, beau, beau !" Claire

La distance de fuite

L’expression la distance de fuite vient de l’étude des animaux. Distance ici désigne l’espace protecteur que veille à garder autour de lui l’animal dont la seule défense est la vitesse de sa course.

L’expression m’a frappée comme image poétique touchant également les rapports humains : eux aussi sont faits de distance relative, de recherche du meilleur lien possible, proche ou lointain.

Ce livre ne fait pas tant l’éloge de la fuite que du refuge qui l’oriente: les cabanes de l’enfance, un jardin, le bord d’un lac, un regard ami, une chambre à soi, la lecture.

Le titre n’est donc pas de mon invention. Il m’a paru traduire la double idée de fuite et de refuge. Si l’écriture a quelque chose d’un mouvement de fuite, en même temps elle cherche à rejoindre ce lieu d’intime hospitalité, un livre : écrite, la distance deviendra peut-être lien.

C.S.

Le Mineur et le Canari (2016, Zoé poche)

Le Mineur et le Canari

« “De quoi parle votre livre?” m’avait demandé le docteur Ursus. – D’un éléphant dans une cristallerie, j’avais failli répondre, puis dis, “de vous et de moi. De l’effet que vous me faites.” »

C’est ainsi que la narratrice résume ce roman scandé par ses séances avec l’irrésistible Docteur Ursus. Le cadre de la thérapie donne à l’analyse du désir amoureux toute sa saveur mélancolique ou gaie.

« On savoure ces courts chapitres comme autant de miniatures, instants volés, événements minuscules, subtiles méditations, réflexions essentielles, le temps, la mort, le désir. Au bout du compte, c'est la vie qui gagne. Et la littérature.» Télérama, Michel Abescat

Le Mineur et le Canari

Une femme s’éprend de son thérapeute, le Docteur Ursus. Une situation qui, d’emblée, empêche l’expression simple des sentiments et des désirs. Aussi bien est-ce, pour cette femme, l’occasion idéale d’aimer. Dans ce cadre protégé, surveillé, rien de malheureux ne peut lui arriver. Enchantée au sens fort du terme, la patiente écrit. Dérivé en récit, l’amour imaginaire se trouve ainsi conforté, amplifié.

Tout de cet homme plaît à la narratrice, son regard, sa voix, ses vêtements, sa bienveillante et imparable logique. Elle l’écoute, le dévore des yeux, le respire. Il suffit, ici, que la bonne distance soit observée et l’amour impossible ira à l’infini…

Mais un livre doit finir, et le récit lui-même, qui a longtemps porté la narratrice, l’avertit de revenir à la « vraie vie ». Quant au canari, son symbole vient d’une ancienne tradition. Naguère, on emportait au fond du puits de charbon un petit oiseau chanteur, qui avertissait du grisou mortel son compagnon le mineur.

Ouvrage disponible en poche : http://editionszoe.ch/livre/le-mineur-et-le-canari-1

Autour de ma mère (2011, Zoé poche)

Autour de ma mère

« Ces années-là, je tentai d’oublier mon dernier homme et de soutenir ma première femme qui entrait dans la mort. »

Autour de ma mère

Une vieille femme perd la mémoire, perte qui incite sa fille unique à reconstituer le passé comme elle peut. Au travers de bribes de souvenirs et d’incidents quotidiens, la narratrice cherche à gagner l’affection de sa mère. A l’opposé du récit de deuil qui honore un parent défunt, Autour de ma mère est un carnet de bord tenu à chaud pendant trois ans, un journal poétique parfois noir, souvent cocasse, écrit contre le regret, l’amertume et la mort. Quête d’amour filial qui se conjugue avec la tentative tragi-comique mais passionnée de retrouver un amant fugitif. Quel amour l’emportera, celui pour la mère ou celui pour l’amant ? A ce dilemme, la narratrice donne une réponse singulière.

Ouvrage disponible en poche : http://editionszoe.ch/livre/autour-de-ma-mere-2

 

Retour, retour (2003, Zoé poche)

Retour, retour

« Ces premiers moments ont été décisifs. Moi cependant je ne décidais rien, presque rien, si vite me suis laissé mener, privée d’une manière ou de l’autre de mon bon sens, d’un minimum de bon sens. Ce qui avait fondu sur moi à peine hors du train, cette sensation qui faisait du retour en pays connu une arrivée en pays inconnu, n’était pas nouvelle, quoique cette fois tellement plus accentuée. Elle était prévisible et, semblait-il, j’aurais pu me ressaisir, éviter ce vers quoi je me suis avancée, fermant les yeux juste assez pour continuer. »

Un faux départ oblige une femme à revenir sur ses pas. Elle se terre, clandestine, dans sa ville natale.

La Tête de ma femme (2003, Minizoé)

La Tête de ma femme
Au nord du Capitaine

Une femme est tombée sous le charme d'une île qui, longtemps, lui prodigue ses dons simples. Promenades par les sentiers, musique d'une autre langue, la mer, les bateaux. Un jour, la visiteuse rencontre le Capitaine Rouge. C'est un homme de sac et de corde, mais sa voix et sa prestance ravissent l'étrangère.

S'ensuivent les péripéties classiques des amants – promesses, mensonges, chassés-croisés, barrages contre les moulins à vent. À l'école du Capitaine Rouge, ce maître de l'envers des choses, la narratrice perd quelques illusions.

Demeurent à la fin les objets, témoins humbles et fidèles. Demeurent les lieux, parfaits, d'une aventure triviale – une maison et un jardin  dans le pays gris et, là-bas, l'île aux sortilèges, plus vraie maintenant qu'elle a des ombres.

La Part du fleuve (1997, Minizoé)

La Part du fleuve

Écouter un extrait du roman lu par Pierre-François Garel


extrait

Je parle bas, je murmure depuis le dedans de sa mémoire. Je lui tiens une main à travers les barreaux, ses doigts me serrent, bientôt de ses paupières fermées des larmes perlent. Le conte vrai que je lui raconte, il n'y a que moi qui le sais. Elle presse ma main contre sa bouche, je n'arrête pas de parler. Je lui raconte la cuisine, les affreux repas, j'accuse mon père, je l'excuse aussi. Ils se sont aimés, les trois ans avant ma naissance, quand ils naviguaient sur le Léman. Je n'y étais pas, mais le friselis de l'eau contre la coque, la voile tendue par pleine bise, comment ils tiraient des bords vers le haut lac, allaient au foc dans les coups de joran, les couleurs de l'eau, la lecture des nuages, le copal transparent de la bôme et du mât, la résistance dans la barre – je sais. La cabine, deux couchettes, deux hublots, la luisance du laiton et des cuivres, la lampe à pétrole, le petit réchaud, les clairs de lune. Ma dorée, disait mon père, meine Goldene. C'était avant la guerre. Me revient mon lapsus répétitif, guerre et père au lieu de Guerre et Paix.

          Je lui raconte la partie censurée de son histoire, la partie triviale, tragique. Il faut qu'elle sache que je sais. Mes parents se trompent, lui avec une ancienne camarade d'école de ma mère, elle avec un collègue de montagne de mon père, Rudolf X., dont je reconnaissais la voix cuivrée au téléphone. Il appelait le jeudi après-midi, ma mère pâlissait, rougissait, me disait de répondre qu'elle n'y était pas et quelques minutes plus tard elle filait chez lui à bicyclette. Deux fois j'enfourche mon vélo et je la suis. Cachée au coin de la rue, je guette sa sortie, une heure ou deux plus tard. J'ai douze ans, mon acte me paraît maintenant aussi surprenant qu'alors il m'est instinctif, naturel : jamais je n'ai vu à ma mère cette aura de bonheur. C'est un bonheur secret, volé, interdit – condition de tous les bonheurs. À douze ans, j'ignore tout des pratiques de l'amour et je n'ai, le temps de mon attente, pas la moindre imagination de ce que font les deux dans la chambre. L'extraordinaire, c'est le désir qui transfigure ma mère.

           J'avais été heureuse pour elle, fière de son exploit, fière du mien. Je garde jalousement le secret. Elle, débutante qui en restera à un unique essai, malheureusement parle – à qui d'autre qu'à l'ancienne amie d'école, Marthe, dont ma mère ignore qu'elle est la maîtresse de mon père. Crise, crash dont je ne sais rien, expédiée chez mes grands-parents. Divorce. Ma mère veut en étouffer le motif, elle se veut seule coupable. J'ai une petite lettre d'elle, adressée à ma grand-mère Marie, où elle se dit prête à se tuer si les dessous de l'affaire sont révélés. Retour de vacances, mon père parti, c'est une ombre que je trouve. Elle fait irréprochablement son travail d'institutrice, cesse de cuisiner, se tait, n'aimera plus, sera la femme marquée du A écarlate du roman de Hawthorne, le A rouge son stigmate, son matricule, le sang sur les mains de Lady Macbeth, le poison dans les entrailles prédit par Saint-Jean de Patmos.

          À son chevet, je résume et j'amplifie. Maman, pourquoi ne m'as-tu pas parlé ? Je t'aimais, j'étais de ton côté. Ton silence, ton châtiment absurde,  comment changer un iota à ton héritage ? Mère, tu voulais un garçon pour m'éviter ta souffrance. Tu as fait une fille, tu m'as transmis ta lettre fatale, j'ai écrit, mère, j'ai rebrodé autour de ta lettre, et tu n'as pas aimé que j'écrive. C'était ma seule manière de changer un peu la donne, de tirer mon épingle du jeu, oh, mère du jeudi après-midi ! Qui filait comme une flèche chez monsieur Rudolf, jolie folle mère de mes douze ans ! À propos, mère, cette Marthe était une intrigante, elle tenait mon père par où tu penses, pauvre homme, ça ne lui a pas porté chance, mais laissons mon père de côté, c'était toi que j'aimais, toi qui m'a faite à ton image... 

            Assise par terre, j'ai continué à parler, c'est la dernière bande, chuchotée de bouche à oreille, et ma mère me pressait la main, nous pleurions, elle toujours les yeux clos. Il y avait encore assez de jour dans la chambre pour que je voie son visage, la lumière émanant autant de son visage que du soir de mai. Etait-ce la première fois, cette proximité, cette clarté ? Ou nous étions-nous déjà si près tenues, moi toute petite dans ses bras, et c'est elle alors qui me murmurait des petits mots doux et, les yeux dans ses yeux, je lui faisais des gazouillis enchantés. Et la vie, entre la magie ancienne et elle qui maintenant s'en va, avait dressé ses barreaux.